Algérie

 

 

Algérie, officiellement République algérienne démocratique et populaire, pays saharien d'Afrique du Nord, ouvert sur la mer Méditerranée, limité à l'est par la Tunisie et à l'ouest par le Maroc, deux pays avec lesquels elle forme le Maghreb. Elle possède également des frontières communes avec la Libye et le Niger au sud-est, avec le Mali au sud ainsi qu'avec le Sahara-Occidental et la Mauritanie au sud-ouest. Sa capitale est Alger. Deuxième pays d'Afrique par sa superficie — 2 381 741 km2, dont les quatre cinquièmes sont occupés par le Sahara —, l'Algérie est également l'un des pays les plus riches du continent. Elle constitue, depuis l'indépendance, obtenue en 1962 au terme d'une des plus longues guerres de décolonisation, une puissance régionale dont le modèle de développement fut longtemps considéré comme exemplaire par les pays du tiers-monde. Depuis 1992, cependant, le pays a basculé dans la guerre civile.

Le pays et ses ressources

Relief et hydrographie

L'Algérie comprend deux grands ensembles géographiques : les chaînes de l'Atlas au nord, et le Sahara au sud. Entre les massifs de l'Atlas tellien, ou Tell algérien (Kabylie, Mascara, Ouarsenis, Saïda, Tlemcen, etc.), s'insèrent des plaines étroites et discontinues en bordure d'une côte méditerranéenne très découpée. À l'intérieur des terres s'étendent de nombreuses vallées fertiles le long des oueds côtiers : le Chéliff irrigué par le plus long cours d'eau (725 km), la Mitidja, la plaine d'Annaba. Elles possèdent l'essentiel des terres arables. Il n'existe aucun oued permanent au sud du Tell, où les hauts plateaux semi-arides (Sétif, Constantine) sont parsemés de dépressions désertiques et de lacs salés marécageux, les chotts (Chergui, Hodna). L'Atlas saharien est formé de montagnes (d'ouest en est : Ksour, Amour, Ouled-Naïl, Zab, Aurès) qui abritent des oasis sur leurs contreforts. Il domine la grande étendue du Sahara algérien. Le Grand Erg oriental et le Grand Erg occidental se composent d'immenses dunes de sable et de zones pierreuses. Après le plateau du Tademaït (762 m), on trouve plus au sud celui du Tassili et enfin le massif du Hoggar, où culmine le mont Tahat (2 918 m), le pic le plus élevé d'Algérie.

Climat

Au nord, le climat est typiquement méditerranéen. Les étés sont chauds et secs, les hivers doux et humides (400 mm à 1 000 mm/an). Les températures moyennes (25°C en août et 12°C en janvier à Alger) varient en fonction de l'altitude. En été, le sirocco, un vent extrêmement chaud et sec, souffle du Sahara. Sur les hauts plateaux et dans l'Atlas saharien, les précipitations diminuent (200 mm à 400 mm/an). Dans le Sahara, elles sont inférieures à 130 mm. L'amplitude thermique y est très importante (de 49°C le jour à moins de 10°C la nuit). L'aridité du climat est accentuée par des vents de sable parfois très violents (simoun).

Flore et faune

Les sols du nord de l'Algérie souffrent depuis plusieurs siècles des pratiques de cultures intensives, du déboisement et du surpâturage. La forêt reste encore vivace dans certaines parties du Tell et de l'Atlas saharien. Les principales essences y sont les pins, les cèdres de l'Atlas et plusieurs variétés de chênes, dont le chêne-liège. Les versants inférieurs sont dénudés ou recouverts de garrigue (genévriers et arbustes divers). La région des hauts plateaux est une zone de steppe semi-aride où poussent notamment l'alfa (graminée) et des herbes propices au pâturage. Au Sahara, la flore est très clairsemée (herbacés, acacias, jujubiers). La plupart des régions sont peuplées d'animaux nécrophages (chacals, hyènes et vautours). On rencontre en plus petit nombre des antilopes, des gazelles, des lièvres et des reptiles.

Ressources naturelles

L'Algérie possède des gisements importants de pétrole et de gaz naturel, et, dans une moindre proportion, des phosphates et des minerais de fer, de la houille, du plomb et du zinc.

Population et société

Démographie

La population algérienne a plus que doublé depuis l'indépendance en 1962. En 1994, elle était estimée à 27,9 millions d'habitants, parmi lesquels près de 60% ont moins de vingt ans. Toutefois, son taux de croissance annuel moyen diminue lentement : il est passé dans cette même période de 3,2% à 2,7%. La baisse sensible de la fécondité (3,8 enfants par femme au début des années 1990 contre 7,4 en 1970) est en partie imputable au recul de l'âge au mariage et à l'amélioration du niveau d'instruction des filles, en hausse constante jusqu'en 1992. La densité de population (11 habitants au kilomètre carré en 1994) reflète mal sa répartition. Près de la moitié des Algériens vivent dans la région côtière.

Découpage administratif et villes principales

En 1970, les Algériens étaient près de 60% à vivre hors des villes. Le rapport s'est depuis inversé, avec un important exode rural. En 1994, 55% des habitants étaient citadins. La capitale, Alger, premier port maritime du pays, est passée de 1,483 million d'habitants en 1987 à 2,5 en 1994. Oran, sur la côte Ouest, est un pôle commercial et portuaire. Constantine, à l'est, est la capitale d'une région productrice de bestiaux et de blé. L'Algérie est divisée en 48 wilayas, équivalent des départements français, et 700 communes.

Langues et religions

Le peuple Algérien est un" Vieux peuple" appelé "IMAZIGHEN". L'effet des invasions et de colonisations durant des siècles ont eu un effet catastrophique sur l'identité nationale et sur les langues parlés. Aujourd'hui, la majorité des Algériens parlent l'arabe dialectale, et un minorité parle toujours tamazight ou (Kabyles, Chaouïas, Zénètes). 

Avant l'indépendance, près de cent cinquante mille juifs vivaient en Algérie, parfois de souche très ancienne. Presque tous ont quitté le pays en même temps que les colons européens (environ 1 million de personnes), essentiellement des Français. L'arabe est la langue officielle, mais la langue berbère ou tamazight est également répandue et commence à s'imposer en se battant énergiquement. Le français est encore lu et parlé par de nombreux Algériens. La très grande majorité des Algériens sont musulmans sunnites, pour la plupart de rite malékite.

Éducation

Le système éducatif algérien a longtemps été cité en exemple dans les pays anciennement colonisés et contribuait à maintenir le sentiment d'appartenance nationale. Depuis 1962, la scolarité est gratuite et obligatoire pour les enfants de six à seize ans, scolarisés dans un cycle dit «!fondamental!» de neuf ans (six ans d'école élémentaire, trois ans de collège). En 1995, plus de 7 millions d'élèves étaient encadrés par 300 000 enseignants!; près de 60 p. 100 des enfants âgés de douze à dix-sept ans étaient scolarisés!; 11,8 p. 100 de la classe d'âge concernée poursuivaient des études dans le troisième degré. L'Algérie disposait de huit universités (dont 2 en sciences et technologie) qui accueillaient plus de 200 000 étudiants. L'université d'Alger, fondée en 1879, offrait un enseignement dans plusieurs disciplines (droit, médecine, sciences et lettres). Sept des huit universités et la quasi-totalité des établissements spécialisés de l'enseignement supérieur furent fondés après l'indépendance. Malgré les efforts consentis, le système éducatif algérien n'est cependant pas parvenu à répondre aux exigences de l'explosion démographique. De plus, l'arabisation de l'enseignement introduite en 1972 a été jugée trop brutale par bon nombre d'observateurs. Elle a nécessité la formation hâtive des enseignants francophones et le gouvernement dut aussi faire appel à des enseignants étrangers arabophones. En 1994, moins de 40% de la population totale étaient analphabètes. Le programme de l'arabisation a donné malheureusement un résultat négative sur la formation de nouveaux cadres et la fuite des cerveaux, éléments productifs de la nation, vers les pays francophones. 

Culture

La Bibliothèque nationale, située à Alger, possède l'un des fonds les plus riches (650 000 volumes), comprenant d'importants ouvrages sur l'Afrique. L'université d'Alger détient plus de 700 000 volumes. Le musée de la Préhistoire et de l'Ethnographie, le Musée national des Antiquités classiques et musulmanes et le Musée national des Beaux-Arts sont tous situés à Alger. Le musée de Cirta, à Constantine, abrite des collections d'art et d'archéologie.

Riche d'une tradition ancienne, les écrivains algériens ont su maintenir la richesse d'expression de la littérature de langue arabe tout en adoptant la langue française. À l'image de la nation algérienne, la plus occidentale, sans doute, des nations arabo-musulmanes, la littérature algérienne s'est forgée à partir d'une double influence qui lui confère sa singularité. Les écrits de Mohammed Dib, Malek Haddad, Kateb Yacine, Assia Djebar ou, encore, Rachid Mimouni et Rachid Boudjedra se font l'écho des espoirs et des contradictions d'une société aujourd'hui déchirée.

Gouvernement et vie politique

Le Front de libération nationale (FLN), qui mena la longue guerre d'indépendance algérienne, a dominé le paysage politique national depuis 1962. Le parti unique au pouvoir qui jouissait, aux lendemains de la guerre d'Algérie, d'une légitimité, intérieure autant qu'extérieure, incarnée par les «héros de l'indépendance», monopolisait la représentation nationale. Il régnait sans partage sur l'Assemblée nationale populaire (295 membres), dont la dernière élection s'est tenue en 1987, et contrôlait l'ensemble des rouages du pouvoir, ce qui n'excluait pas de nombreuses dissensions internes. En 1989, l'Algérie opta pour le multipartisme, consacré par une nouvelle Constitution, laquelle limitait également le mandat présidentiel à cinq ans. En juin 1990, les premières élections municipales démocratiques donnèrent la majorité a un nouveau parti d'opposition, le Front islamique du salut (FIS). En décembre 1991, le premier tour des élections législatives confirmait l'avantage du FIS, sur le point d'obtenir la majorité au Parlement. L'armée refusa la victoire d'un parti confessionnel, prônant la dissolution de la nation algérienne dans la oumma (communauté politique musulmane) et hostile à la laïcisation et à l'occidentalisation de la société algérienne. Le président Chadli Bendjedid fut déposé, le 11 janvier 1992, par un coup d'État militaire!; le deuxième tour des législatives fut annulé. Le Parlement et la Constitution furent suspendus et le FIS fut dissous. Le 16 janvier, Mohamed Boudiaf, l'un des dirigeants historiques du FLN, en exil au Maroc, fut porté à la tête d'un Haut Conseil de sécurité. Il fut assassiné le 29 juin. Le 2 juillet était mise en place une présidence collégiale, le Haut Comité d'État (HCE), sous la direction d'Ali Kafi. Les Premiers ministres successifs (Belaïd Abdesselam, le père de l'industrialisation algérienne, Redha Malek, Mokdad Sifi) menèrent une politique de répression anti-islamiste systématique. Les dirigeants du FIS, Abassi Madani et Ali Benhadj, furent emprisonnés. Les éléments les plus radicaux de la mouvance islamique (constitués en groupes islamiques armés, GIA) répliquèrent par le recours au terrorisme et engagèrent la lutte armée contre les autorités. Le pays plongea dans la guerre civile. Un président par intérim, Liamine Zéroual, fut désigné le 31 janvier 1994. Il annonça, début 1995, la tenue d'élections présidentielles, excluant le FIS, pour le mois de novembre. Sept partis politiques, dont le FLN, le Front des forces socialistes (FFS) dirigé par Hocine Aït Ahmed et l'ex-FIS, répliquèrent en signant à Rome une «!plate-forme pour une solution politique et pacifique de la crise algérienne!». Ce texte, conçu comme un contrat national, condamnait l'utilisation de la violence comme instrument d'accession ou de maintien au pouvoir, prônait le respect de l'alternance politique issue des urnes et consacrait le multipartisme. Il fut rejeté par Liamine Zéroual, que les élections du 16 novembre 1995, boycottées par le FLN, le FFS et le FIS, confirmèrent à la tête de l'État.

Économie

L'Algérie est l'un des pays les plus riches d'Afrique avec un produit national brut (PNB) par habitant de 1 600 dollars en 1994. Pour la même année, le PNB global s'élevait à 44,6 millions de dollars. Mais la violence handicape la reprise de la croissance économique. Alimentée principalement par la hausse du prix des hydrocarbures de 1973 à 1980, celle-ci s'effondra lorsque ce prix chuta à partir de 1986 (le prix du baril baissa de 50%). La crise économique révéla la faillite du système d'industrialisation étatisée, axée sur les industries lourdes, dites «industrialisantes» parce qu'elles devaient entraîner l'ensemble de l'économie. L'ouverture à l'économie de marché, amorcée durant la présidence de Chadli Bendjedid par le gouvernement de Mouloud Hamrouche, s'était heurtée à l'opposition des caciques du FLN. En mai 1994, l'Algérie a signé un accord avec le Fonds monétaire international (FMI), acceptant d'appliquer une politique d'ajustement structurel. L'accord a été renouvelé pour trois ans en mai 1995. Entre 1989 et 1994, le déficit du Trésor était passé de 1,2% à 8,1% du produit intérieur brut, tandis que le chômage touchait le quart de la population active, affectant principalement les plus jeunes. Depuis, les prix ont été libérés, le dinar a été dévalué de plus de 40%. Un programme de privatisation des entreprises publiques a débuté et le commerce extérieur s'est libéralisé. Parallèlement, les compagnies étrangères ont été associées à l'exploitation des gisements de gaz et de pétrole au Sahara.

Agriculture

L'agriculture employait 25% de la population active mais ne représentait que 12 p. 100 du PNB en 1994. La faible productivité a rendu l'importation de denrées alimentaires nécessaire. Les principales cultures sont le blé et l'orge, qui couvraient respectivement 22% et 14% des terres arables, et dont les productions s'élevaient à 1,35 million et à 0,80 million de tonnes en 1994. L'Algérie cultive également des pommes de terre, des vignes, des orangers, des oliviers et des palmiers-dattiers. Au début des années 1990, le cheptel se composait d'environ 18,6 millions d'ovins, de 2,5 millions de caprins et de 1,4 million de bovins. Les forêts couvrent moins de 2% de la superficie de l'Algérie. Des projets importants de reboisement ont été entrepris dans les années 1970. Les coupes restent modestes : 2,31 millions de mètres cubes en 1992. La pêche est un secteur important. En 1993, les prises annuelles représentaient 90 500 tonnes de poissons (sardines, anchois, thons et fruits de mer).

Mines et industries

Les hydrocarbures sont la principale richesse du pays. L'Algérie possède d'importantes réserves en pétrole (1 260 millions de tonnes) et en gaz naturel (3 650 milliards de mètres cubes). En 1994, la production de pétrole brut était de 52 000 tonnes(18e rang mondial) et la production de gaz naturel s'élevait à 51,1 milliards de mètres cubes (7e rang). Le raffinage du pétrole occupe une place importante dans le secteur industriel algérien, qui produit également des matières plastiques et des produits chimiques. Le secteur agroalimentaire vient ensuite (32% de la production industrielle), suivi du textile (19%).

Échanges

Banque et monnaie

L'unité monétaire est le dinar algérien. En avril 1994, une dévaluation du dinar de 40,17 p. 100 avait été opérée. Il s'agissait d'un préalable à sa convertibilité sur le marché international, prévue pour 1995. Cette mesure était sans cesse ajournée, depuis 1990, par la Banque centrale d'Algérie.

Commerce extérieur

Le gaz naturel et le pétrole représentent 95% des exportations algériennes, dont le produit permet l'importation de produits agricoles. L'Union européenne est le principal partenaire commercial de l'Algérie : elle absorbe près des deux tiers de ses exportations, dont une grande partie de sa production de pétrole, devant les États-Unis et le Japon. En 1994, les exportations annuelles s'élevaient à 10,9 milliards de dollars et les importations à 10,8 milliards de dollars.

Transports

Les réseaux ferroviaires et routiers desservent principalement le nord du pays. Au début des années 1990, l'Algérie disposait d'environ 4 730 km de voies ferrées et 90 000 km de routes dont 70% étaient bitumées. Cinq lignes de chemin de fer desservaient le nord du Sahara, et des routes reliaient les gisements pétroliers du Sahara à la côte. La portion algérienne de la grande route transsaharienne, qui s'allonge depuis la côte méditerranéenne jusqu'au-delà de Tamanrasset, à la frontière du Niger, fut achevée en 1985. La compagnie aérienne nationale, Air Algérie, assure les vols intérieurs et internationaux.

Communication

Tous les médias d'information sont soumis au contrôle de l'État. La publication des livres, et les réseaux de radiodiffusion et de télévision sont sous la tutelle d'agences gouvernementales.

Histoire

Des ossements découverts sur le territoire algérien témoignent d'une présence humaine remontant à plus de 500 000 ans. Des civilisations ibéro-maurusiennes (-10 000 ans) et capsiennes (-5 000 ans) se développèrent dans le nord du pays (Ternifine, Mechta el-Arbi). Même si l'on ne connaît pas l'origine exacte des premiers Berbères, ils furent sans doute les descendants de ces premiers habitants et des hommes que décrivent les gravures rupestres sahariennes du Tassili des Ajjer (-3 000 ans). Chasseurs puis pasteurs et cultivateurs, les Berbères s'organisèrent en tribus et en confédérations, que les Grecs distinguaient sous les noms de libyques, numides et maures.

De Carthage à Rome

Aux alentours de 814 av. J.-C., les Phéniciens, navigateurs venus de l'Est méditerranéen, fondèrent la ville de Carthage, dans l'actuelle Tunisie. Son rayonnement commercial ne fut effectif qu'après la décadence de Tyr (voir Phénicie) (550 av. J.-C.). Les Carthaginois établirent des comptoirs sur la côte algérienne (Annaba, Skikda, Alger, etc.). Ils exerçaient une domination économique et politique sur les populations libyco-berbères. En revanche, les chefs numides savaient mieux jouer des rivalités que la cité développait avec Rome. Ainsi, durant les guerres puniques (IIIe-IIe siècle av. J.-C.), Massinissa, un chef numide allié à Rome, s'empara de Cirta (Constantine). Cette capitale des rois berbères de Masæsyles, dont le territoire s'étendait jusqu'au Maroc oriental, devint alors celle de la Numidie. Après un long règne (203 à 148 av. J.-C.), Massinissa mourut, laissant le royaume en partage à ses fils, qui composèrent avec les Romains. Mais le petit-fils de Massinissa, Jugurtha, refusa la mainmise romaine contre laquelle il organisa une insurrection. Il fut soumis par Rome en 105 av. J.-C. Sous l'autorité romaine, la Numidie devint le grenier de Rome, à qui elle fournissait le blé et l'huile d'olive. Pour la protéger des rezzous des tribus nomades, un réseau de voies militaires fut construit, reliant des villes de garnison : environ cinq cents cités de 5 000 à 10 000 habitants, qui devinrent des villes romaines en miniature (Timgad, Lambèse). Appelées à défendre l'Empire romain en déclin, ces légions se retirèrent de Numidie. Au IIIe siècle apr. J.-C., l'indépendance de la région fut, pour un temps, déclarée, sous la pression du mouvement donatiste. La population berbère latinisée, tôt convertie à la foi chrétienne, s'était massivement ralliée à cette secte chrétienne, persécutée par les autorités romaines, après que le christianisme fut devenu religion officielle de l'Empire. Les Vandales, peuple germanique, envahirent ensuite l'Afrique du Nord et y établirent un royaume en 431. Leur domination était cependant fragile. Des principautés berbères indépendantes purent ainsi se reconstituer.

En 533, les Vandales furent vaincus par une armée de l'empereur byzantin, Justinien Ier, dont le rêve était de faire renaître la splendeur de l'Empire romain. La conquête byzantine, pourtant, ne concerna que l'est du pays.

Dynasties musulmanes du Moyen Âge

Le rêve de Justinien Ier s'effondra lorsque, en 647, les Arabes conquirent l'Afrique du Nord, porteurs d'une nouvelle religion, l'islam. À l'est, dans les Aurès, ils durent s'opposer à la résistance de deux chefs berbères, Kusayla et la Kahina (une femme prophétesse). Mais, dès le début du VIIIe siècle, les Berbères se soumirent et se convertirent massivement à l'islam. Des chefs de guerre, tel Musa Ibn Nusayr, s'illustrèrent même dans les troupes musulmanes combattant pour l'expansion de l'islam. L'Algérie devint une province placée sous l'autorité du califat omeyade. Les Arabes y constituaient une élite urbaine.

Après 740, tandis que se multipliaient les querelles de succession pour le califat, les Berbères se dressèrent contre l'autorité califale et, comme beaucoup de ceux qui, dans la communauté musulmane, luttaient contre la domination arabe, ils rallièrent les kharijites, fondamentalistes et démocrates de l'islam, pour lesquels la nomination du calife ne pouvait s'inscrire dans une logique de pouvoir. Une communauté kharijite subsiste aujourd'hui dans le Mzab (Ibadites). Les Berbères kharijites fondèrent plusieurs petits royaumes. L'un des plus importants, celui des Rostémides à Tahert (Tiaret), fut balayé par la dynastie arabe chiite des Fatimides, soutenue par les Kabyles (une confédération berbère de l'Est). Dès le XIe siècle, l'arabe devint la langue majoritaire dans les plaines et les steppes. Seuls résistaient les Berbères des montagnes. Deux dynasties berbères, cependant, se succédèrent entre le XIe et le XIIIe siècle : les Almoravides et les Almohades. Venues du Sud marocain, elles étendirent leur influence du Nord-Ouest africain au sud de l'Espagne. Tlemcen, la capitale des Almohades, devint un centre artisanal réputé. On y construisit de belles mosquées et de nombreuses écoles coraniques. Les ports maritimes (Bejaïa, Annaba, et Alger, en pleine expansion) développèrent un commerce actif, apportant aux marchés européens les fameux chevaux barbes, la cire, le cuir de qualité, et des tissus.

Autorité ottomane

L'anéantissement des Almohades, en 1269, déclencha une rude bataille commerciale entre chrétiens et musulmans pour le contrôle des ports de la Méditerranée. La région fut partagée entre trois dynasties berbères (Mérinides à Fès, Abdelwadides à Tlemcen et Hafsides à Tunis). Après la reconquête chrétienne de l'Andalousie, l'Espagne occupa plusieurs ports de la côte algérienne (Mers el-Kébir, Oran, Bejaïa). Les Abdelwadides acceptèrent le protectorat espagnol, mais les autorités religieuses des villes portuaires, soutenues par la population, engagèrent des corsaires, qui capturaient les navires marchands et retenaient l'équipage et la cargaison en échange d'une rançon. En 1518, Alger ainsi que d'autres ports furent assiégés par les Espagnols!; les Turcs ottomans furent appelés à la rescousse. Deux frères corsaires, les Barbarossas («!Barberousse!»), obtinrent du sultan Selim Ier d'être envoyés en Afrique du Nord avec une flotte. Ils chassèrent les Espagnols de la plupart de leurs nouvelles possessions, résistèrent au siège de Charles Quint devant Alger. Les Abdelwadides furent déposés. Le plus jeune des Barberousse, Khayr al-Din, fut nommé beylerbey, c'est-à-dire représentant du sultan en Algérie. Proconsuls militaires d'Afrique, ces «!rois d'Alger!» exercèrent leur autorité non seulement sur le littoral algérien, mais sur les pachas de Tunisie et de Tripolitaine. En raison de son éloignement de Constantinople, la régence d'Alger fut gouvernée comme une province autonome.

La conquête française

À l'extérieur, Alger devait sa puissance à l'efficacité de sa flotte de corsaires. Ses pirates dominaient la Méditerranée. Régulièrement, les États européens payaient un tribut pour assurer la protection de leurs navires, et les rançons des prisonniers apportaient de gros revenus à la régence. Mais à la fin du XVIIIe siècle, les progrès réalisés en matière d'armement et de construction navale permirent aux Européens de mener une action collective contre la capitale corsaire. En 1815, les États-Unis envoyèrent une escadre navale à Alger. L'année suivante, le dispositif défensif de la ville fut pratiquement annihilé par une flotte britannico-hollandaise. Puis, après que le consul de France eut été humilié par le dey d'Alger en 1827, Charles X ordonna un blocus naval et une expédition militaire contre la ville. Les troupes françaises, fortes de 37 000 hommes, s'emparèrent d'Alger en 1831 et occupèrent une partie du pays. Le nouveau régime suscita d'emblée une farouche résistance de la part de tribus habituées à une autorité turque très indirecte. En Oranie, elles s'organisèrent autour de l'émir Abd el-Kader, qui proclama la guerre sainte contre les Français en 1839. Sa tactique, fondée sur des attaques éclairs, rendit très difficile l'entreprise de conquête menée notamment par le général Bugeaud. Abd el-Kader, qui s'était réfugié au Maroc et avait obtenu, un temps, l'appui du sultan marocain, fut définitivement vaincu en 1847, mais, aujourd'hui encore, il demeure un héros aux yeux de beaucoup d'Algériens.

La colonisation française

La conquête française ne devait s'achever qu'en 1857 avec la soumission des oasis du Sud et de la Kabylie. L'établissement des premiers colons français aux environs d'Alger fut l'initiative de quelques particuliers entreprenants, qui achetèrent à bas prix ou confisquèrent leurs domaines aux propriétaires maures et turques. La colonisation officielle commença en 1836 dans la Mitidja. D'abord réticente, l'administration française organisa ensuite l'attribution de terres à des colons dont elle encouragea la venue jusqu'au début du XXe siècle, à grand renfort de publicité dans les départements, notamment chez les viticulteurs du Midi, dont les vignes avaient été détruites par le phylloxéra. En 1848, l'Algérie avait été proclamée territoire français et divisée en trois départements. Les colons constituaient une élite privilégiée, qui développa de grands domaines produisant du vin et des agrumes exportés en France. Certains Européens firent fortune, mais la majorité étaient de petits exploitants agricoles, des marchands, des commerçants, et des employés d'usines. Après la révolution de 1848 puis, aux lendemains de la Commune de Paris, des Français furent également déportés en Algérie. Le pays demeurait fort peu industrialisé. La population algérienne, évaluée à 2 millions d'habitants à peine en 1830, était estimée à près de 10 millions en 1954, dont 1 million de non-musulmans.

La montée du nationalisme algérien

La législation interdisait aux autochtones de tenir des réunions publiques ou de quitter leur maison ou leur village sans permission. Sujets français, ils ne pouvaient devenir des citoyens de plein droit sans renoncer à la foi musulmane. Le nationalisme algérien se développa après la Première Guerre mondiale au sein de la bourgeoisie musulmane. Au départ, celle-ci demandait simplement l'égalité des droits avec les Européens. Les principaux dirigeants nationalistes, Ahmed Messali Hadj, fondateur, en 1926, de l'Étoile nord-africaine, Ferhat Abbas, ainsi que les oulémas, dirigés par Ibn Badis, accueillirent favorablement le projet Blum-Violette qui proposait, en 1936, d'élargir l'accès à la citoyenneté, sans contrepartie religieuse. Mais le projet de loi se heurta à l'hostilité des colons comme à celle de l'Assemblée nationale française. Frustré par l'opposition systématique à toute politique d'assimilation, alors même que la population algérienne faisait preuve d'une loyauté sans failles pendant la Seconde Guerre mondiale, Ferhat Abbas publia le «!Manifeste du peuple algérien!» en 1943, un an après le débarquement des Alliés en Afrique du Nord. Les promesses de réformes venaient trop tard. En 1945, les habitants de Sétif et de Guelma se révoltèrent. La répression sanglante des émeutes de Sétif, qui fit plusieurs milliers de morts, entraîna la radicalisation des nationalistes algériens. Leurs mouvements furent interdits durant un an. En 1946, Ferhat Abbas fonda l'Union démocratique du manifeste algérien (UDMA), tandis que Messali Hadj créait le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD). Lorsqu'en 1947, l'Assemblée nationale française adopta un nouveau statut de l'Algérie, instituant une Assemblée parlementaire algérienne, avec un nombre égal de délégués européens et musulmans, ni les indigènes ni les colons ne furent satisfaits. Dès lors, les nationalistes les plus radicaux s'engagèrent dans la lutte armée.

Une longue guerre d'indépendance

Des militants du MTLD, parmi lesquels Ahmed Ben Bella, Hocine Aït Ahmed, Mohammed Khider, créèrent, en 1954, un Comité révolutionnaire d'unité et d'action (CRUA) qui, plus tard, devint le Front de libération nationale (FLN). Ils furent les instigateurs de l'insurrection qui eut lieu dans les Aurès, le 1er novembre 1954. Deux ans plus tard, la guérilla contrôlait une partie des campagnes. Les Français envoyèrent des renforts (environ 500 000 soldats), mais la guerre s'étendit aux villes. Durant la «bataille d'Alger», en 1957, les parachutistes du général Massu parvinrent difficilement à écraser les troupes nationalistes. Les Français eurent recours à des méthodes de plus en plus coercitives. L'armée française brûlait les villages dont les habitants étaient soupçonnés d'aider les insurgés!; la torture était largement utilisée, tandis que certains villageois étaient déportés dans des camps de regroupement. Des clôtures électrifiées furent édifiées le long des frontières tunisienne et marocaine afin d'isoler le commandement général du FLN de ses unités en Algérie.

En 1958, le bombardement d'un village frontalier tunisien, Sakiet Sidi-Youssef, marqua un tournant dans le conflit. L'émotion fut grande dans l'opinion internationale, déjà alertée par une partie des intellectuels français qui dénonçaient sans relâche l'usage de la torture. En France, le prolongement de la guerre d'Algérie contribua à la faillite de la IVe République et au retour au pouvoir du général de Gaulle. Le 13 mai, la population européenne d'Algérie avait manifesté à Alger sa crainte d'être abandonnée par la métropole. De Gaulle, dès sa prise de fonctions, promit de maintenir l'Algérie française, mais en faisant de tous les Algériens, y compris les musulmans, des «!Français à part entière!». Puis, devant la gravité de la situation, alors que la résistance algérienne ne désarmait pas, que la lassitude gagnait la population métropolitaine et que l'isolement international de la France s'accroissait, il se prononça, en septembre 1959, en faveur du droit des Algériens à l'autodétermination. Des négociations s'ouvrirent avec le gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA). Indignés, les colons algérois tentèrent en vain de se soulever au début de l'année 1960. Puis en avril 1961, les généraux Challe, Salan, Jouhaud et Zeller organisèrent à Alger un putsch qui avorta. L'Organisation de l'armée secrète (OAS), regroupant des militaires et des colons extrémistes, s'associa au complot. Ils menèrent de front une violente campagne terroriste contre le FLN et contre les autorités françaises. Mais la plus grande partie de l'armée française en Algérie, constituée, pour l'essentiel, par des appelés, demeura fidèle au gouvernement. Le 18 mars 1962, un accord de cessez-le-feu fut signé à Évian, en métropole, entre les autorités françaises et les représentants du FLN. Les accords d'Évian prévoyaient la tenue d'un référendum. En juillet, l'Algérie vota à une écrasante majorité pour l'indépendance. Près d'un million de colons quittèrent précipitamment le pays avant la fin de l'année.

La guerre d'Algérie fut l'une des plus longues guerres de décolonisation. Elle marqua durablement les esprits, algériens et français, tant par les drames humains qu'elle provoqua que par ses conséquences politiques. Elle conféra également au peuple algérien et à ses dirigeants un énorme prestige dans le monde arabo-musulman et, plus largement, dans le tiers-monde.

L'Algérie indépendante sous le gouvernement du FLN

L'Algérie accéda à l'indépendance dans un climat de guerre civile et d'intenses luttes pour le pouvoir. Incarcéré en France depuis 1956, Ahmed Ben Bella fut libéré après la signature des accords d'Évian. Il s'opposa au GPRA qu'il chassa d'Alger grâce au soutien du chef d'état-major de l'Armée de libération nationale (ALN), le colonel Houari Boumédiène. En septembre 1962, Ben Bella fut élu président de la République algérienne démocratique et populaire. Il remplaça Mohammed Khider à la tête du bureau politique du FLN en avril 1963, et suspendit la Constitution en octobre suivant. Mais, le 19 juin 1965, il fut destitué par le Conseil de la révolution que présidait Boumédiène, lequel lui reprochait ses méthodes de gouvernement exclusives. Il fut emprisonné et assigné à résidence. Exilé en France, puis en Suisse, il fonda, en 1984, le Mouvement pour la démocratie en Algérie (MDA). Il avait entre-temps été grâcié, en 1980, par le colonel Chadli Bendjedid.

Adepte d'un socialisme autoritaire, Boumédiène institua un Conseil de la révolution dont il assura la présidence en même temps qu'il se proclamait président de la République algérienne le 5 juillet 1965. Bâtisseur de l'Algérie moderne, il permit au pays d'acquérir une stature de premier plan sur la scène internationale, en lançant, notamment, à l'Organisation des Nations unies, l'idée d'un nouvel ordre économique mondial en 1974. Sur le plan intérieur, la période Boumédiène fut également celle d'une politique d'industrialisation lourde du pays, dont il perçut lui même les dysfonctionnements peu avant sa mort en décembre 1978. Le colonel Chadli Bendjedid lui succéda.

En janvier 1979, le IVe congrès du FLN accorda le pouvoir au colonel Chadli Bendjedid, qui devint secrétaire général du Parti et fut désigné comme candidat unique à la présidence de la République. Le 7 février 1979, le peuple algérien ratifia ce choix et Chadli succéda ainsi officiellement à Houari Boumédiène. Il fut réélu pour un second puis pour un troisième mandat en janvier 1984 et en décembre 1988. Dès son arrivée au pouvoir, Chadli engagea une politique de libéralisation économique et sociale. S'il maintint la politique étrangère de non-alignement qu'avait suivie son prédécesseur, il prit cependant ses distances avec l'Union soviétique, effectuant une visite officielle aux États-Unis en 1985. Sa présidence avait suscité de nombreux espoirs, mais il se forgea vite une réputation de prodigalité à l'égard de son clan.

En octobre 1988, éclataient à Alger des émeutes qui opposèrent les jeunes, premières victimes de la faillite du modèle de développement algérien, aux forces de sécurité. Elles furent sévèrement réprimées, mais elles contribuèrent également à l'accélération de la politique de réforme du régime. Chadli fit adopter par référendum une nouvelle Constitution en février 1989, qui ouvrit l'Algérie au multipartisme. En juin 1990, le Front islamique du salut (FIS) remportait les premières élections municipales démocratiques. Les résultats qu'obtint ce parti confessionnel, qui avait su exploiter le désarroi d'une partie de la population algérienne lors du premier tour des élections législatives, en décembre 1991, provoquèrent une intervention militaire. Après la destitution du président Chadli, le 11 janvier 1992, le processus de démocratisation fut interrompu et une politique de répression fut menée contre les islamistes, lesquels répondirent en formant des groupes armés et par des actions terroristes.

Une autre guerre d'Algérie

Il fut fait appel à un héros de la guerre d'indépendance, Mohammed Boudiaf, pour tenter d'apaiser la situation interne. Mais l'assassinat de celui-ci, le 29 juin 1992, marqua le début d'une véritable guerre civile. La violence procède autant des groupes islamistes armés (GIA), qui ont également porté des actes terroristes sur le sol français, que des forces militaires et paramilitaires. Elle n'a cessé de s'étendre pour toucher la Kabylie, d'abord épargnée, et même les régions sahariennes, où se trouvent les gisements pétrolifères et gaziers. La Ligue algérienne pour la défense des droits de l'Homme et sept formations politiques, dont le FLN, le FFS et le FIS, se faisant les porte-parole de la société civile prise au piège de l'affrontement entre pouvoir et islamistes, refusèrent la logique de guerre et prirent position pour l'ouverture de négociations politiques, prélablement à la tenue de l'élection présidentielle, annoncée pour décembre 1995. La «plate-forme pour une solution politique et pacifique de la crise algérienne», signée à Rome en janvier 1995, demandait, entre autres, la libération des responsables du FIS et de tous les détenus politiques ainsi que l'annulation de la décision de dissolution du FIS. Elle fut rejetée par Liamine Zéroual. Le discours nationaliste dont il usa, dans les mois qui suivirent, notamment à l'égard de la France, premier État occidental concerné par la situation en Algérie, contribua à son élection à la présidence, le 16 novembre 1995. La population algérienne, y compris les 2 millions de personnes vivant en France, participa massivement à ce scrutin (74,92%), manifestant son rejet de la violence et sa volonté de ne pas voir le destin du pays décidé sans qu'elle y soit associée. En quatre ans, des milliers de personnes ont trouvé la mort dans ce conflit.

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