Le Maroc |
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Maroc, officiellement royaume du Maroc, pays d' Afrique du Nord, ouvert, au nord, sur la mer Méditerranée, à l'ouest, sur l'océan Atlantique, limité à l'est par l'Algérie et au sud par le Sahara-Occidental. Les frontières marocaines dans le désert du Sahara ne sont pas clairement définies : depuis 1979, le Maroc occupe la région méridionale du Sahara-Occidental (ancien Sahara espagnol), un territoire qu'il revendique en dépit de la condamnation de l'Organisation des Nations unies. La question du Sahara-Occidental envenime les rapports entre la monarchie marocaine et la République algérienne voisine!; elle contribue, en revanche, à maintenir une forte cohésion nationale. Les enclaves espagnoles de Ceuta et de Melilla, sur le littoral méditerranéen, se découpent dans le territoire marocain, héritage de la colonisation espagnole d'une partie du pays, qui fut également soumis, comme les autres pays du Maghreb, à la colonisation française. Le Maroc couvre une superficie de 446 550 km2, non compris le Sahara-Occidental, qui s'étend sur plus de 200 000 km2. La capitale marocaine est Rabat.Le pays et ses resssources Relief et hydrographie C'est au Maroc que l'on trouve les plaines les plus vastes et les montagnes les plus hautes de l'Afrique du Nord. Le pays est traversé du nord-est au sud-ouest par le Haut-Atlas, né en Algérie, qui culmine à 4 165 m dans le djebel Toubkal, au sud de Marrakech, et se prolonge jusqu'à l'Atlantique (3 300 m au mont Sirous dans l'Anti-Atlas). Cette dorsale accidentée constituée par des montagnes jeunes à l'échelle géologique sépare les plateaux et les plaines vertes, et fertiles du Sahara aux oueds asséchés et aux terres arides. Les rivages méditerranéens sont dominés par le Rif, une chaîne peu élevée (2 450 m au djebel Tidighine) allongée d'est en ouest. Au sud, une dépression, la trouée de Taza, sépare le Rif d'une chaine plissée, le Moyen-Atlas, qui dépasse 3 000 m, tandis qu'un plateau central réalise la transition avec de riches plaines côtières qui sont autant de foyers de peuplements.Bien arrosé, avec des neiges persistantes sur les plus hauts sommets, l'Atlas donne naissance à de nombreuses rivières dont l'eau est utilisée pour l'irrigation et l'alimentation de plusieurs petites centrales hydroélectriques. Ces cours d'eau deviennent des fleuves comme la Moulouya, qui se jette dans la Méditerranée, ou le Sebou, qui se déverse dans l'Atlantique. Cependant, la nature accidentée du terrain et le régime des pluies ne les rendent pas navigables. Il en est de même de l'oued Tensiff, de l'oued Sous, dont l'embouchure se trouve à Agadir, et de l'oued Draa qui court d'est en ouest tout le long du versant saharien et arrose une ligne d'oasis. Les crues soudaines et incontrôlées du printemps ou de l'automne alimentent des nappes souterraines qui font vivre le reste de l'année les populations établies en sécurité sur des éminences. À l'extrême sud-est, les oueds Ziz et Rhéris, descendus de l'Atlas, se perdent dans les sables du désert. Climat Le Maroc est soumis aux influences contrastées de la Méditerranée, de l'océan Atlantique et du Sahara sur des reliefs dont la face occidentale reçoit les pluies océaniques tandis que les sommets jouent le rôle de barrières. Les plaines côtières sont à la même latitude que les oasis du Sahara algérien !; riches et fertiles dans le nord, elle subissent l'influence du désert dans leur partie méridionale à partir d'Essaouira (Mogador) et surtout d'Agadir.Dans le nord, le climat est de type méditerranéen, tempéré par l'influence de la mer avec des hivers plus froids en altitude et des précipitations voisines de 800 mm annuels sur le versant atlantique septentrional. À Essaouira, les températures annuelles moyennes varient entre 16,4!°C en janvier et 22,5!°C en août. À l'intérieur des terres, les hivers sont plus frais et les étés plus chauds. Ainsi, à Fès, les températures varient de 10!°C en janvier, à 26,9!°C en août. Dans l'Atlas, il n'est pas rare de trouver des températures inférieures à -17,8!°C, et les sommets sont enneigés presque toute l'année. La saison des pluies correspond aux mois d'hiver. Les précipitations sont importantes dans le nord-ouest et plus faibles dans l'est et le sud, en particulier sur les contreforts orientaux de l'Atlas. Les précipitations annuelles moyennes varient de 955 mm à Tanger et 430 mm à Casablanca, à 280 mm à Essaouira et à 102 mm dans le Sahara.Faune et flore Sur la côte, les sols sont de type halomorphique avec de l'humus. À l'intérieur des terres, la steppe est de type podzolique. Le désert recouvre la pointe méridionale. Les régions montagneuses tournées vers l'Atlantique sont couvertes de forêts, comprenant de larges étendues de chênes-liège, des chênes verts, des genévriers, des cèdres, des sapins et des pins qui bénéficient des pluies de l'automne et de l'hiver, mais les sécheresses, de plus en plus longues dans le Sud, fragilisent cette végétation soumise aux feux, aux coupes et à l'érosion des sols. Les terres cultivées occupent presque toutes les plaines !; sinon, c'est le maquis qui domine avec des broussailles. Dans la plaine du Sous, près de la frontière méridionale, on trouve une vaste forêt d'arganiers, un épineux endémique de l'Afrique du Nord. La végétation dans les vallées des oueds présahariens est identique à celle des zones arides de la région!; dans les oasis, cultures maraîchères et arbres fruitiers sont abrités par les palmiers-dattiers.Le Maroc, au carrefour de l'Europe et de l'Afrique, possède une faune diversifiée. Les mosaïques romaines de Volubilis témoignent d'éléphants, aujourd'hui disparus, et de lions dont les derniers spécimens vivaient encore dans l'Atlas au XIXe siècle. L'Europe est représentée par le renard, le lapin, la loutre et l'écureuil, et l'Afrique par la gazelle, le phacochère, la panthère, le babouin et la vipère cornue.Ressources naturelles Bien que possèdant des ressources minières considérables, le Maroc a misé sur l'agriculture. La plus importante de ses ressources minières est le phosphate extrait des gisements de Youssoufia (près de Safi), de Khourigba (près de Casablanca) et de Benguerir, ainsi que de Bou Craa, au Sahara-Occidental!; les autres ressources minières sont le charbon, le cobalt, le fer, le cuivre, le plomb, le manganèse, le pétrole, l'argent, l'étain et le zinc. L'annexion du Sahara-Occidental a également doublé la longueur des côtes qui comptent parmi les plus poissonneuses du continent marocain.Population Démographie En 1995, la population marocaine était estimée à 27,03 millions d'habitants, soit une densité moyenne de 27 habitants au kilomètre carré. Plus d'un million de Marocains vivent à l'étranger, notamment en Europe. Le taux de croissance annuel dans les années 1990-1995 était de 2,1 p. 100, mais l'indice de fécondité demeurait de 3,8 enfants par femme. Le taux de mortalité infantile s'élevait à 60 p. 1 000, l'espérance de vie était de 63 ans. La structure de la pyramide des âges contribue à alimenter le malaise social dans un pays où le chômage est élevé : en 1995, 70 p. 100 de la population marocaine était âgée de 30 ans.La population, d'origine berbère, fut islamisée par les conquérants arabes il y a une dizaine de siècles. Avec l'essor des villes, certains abandonnèrent leur mode de vie traditionnel et adoptèrent la langue et les manières de vie des nouveaux arrivants. Aujourd'hui, les Berbères, ou Imazighen (hommes libres), représentent près des trois quarts de la population. Ils vivent plutôt dans les zones rurales et, depuis la fin des années 1980, revendiquent leur spécificité culturelle. Les Arabes, rassemblés dans les grandes villes, constituent la communauté la plus influente. Toutefois, le clivage entre les communautés est loin d'être évident, car de nombreux mariages entre Arabes, Berbères et Noirs africains, depuis un millénaire, ont considérablement métissé la population. Le nombre de Sahraouis, des Berbères pour la plupart appartenant à la confédération des Reguibat, est contesté par les différentes parties en conflit au Sahara-Occidental. Il varie de 170 000 à 1 million, ce dernier chiffre étant avancé par le Front Polisario qui prend en compte les Sahraouis réfugiés à l'extérieur du territoire marocain.Environ 100 000 Européens vivent au Maroc, principalement des Français, ainsi que 12 000 juifs descendant de l'importante communauté juive marocaine qui émigra en France ou en Israël dans les années 1960 et 1970.Divisions administratives et principales villes Le pays est divisé en 35 provinces et 7 préfectures urbaines. Le territoire annexé du Sahara-Occidental est divisé en 4 provinces. Les provinces marocaines sont administrées par des préfets nommés par le roi et soumis au gouvernement central. Chaque province est divisée en «!cercles!», à leur tour divisés en «!circonscriptions!».En raison du maintien de l'agriculture, la répartition de la population est relativement équilibrée entre zones rurales et zones urbaines : en 1994, 48 p. 100 des Marocains étaient citadins. Rabat, la capitale et l'une des plus grandes villes du Maroc, comptait au milieu des années 1990 plus d'un million d'habitants. Casablanca (3,6 millions d'habitants) est la ville la plus importante du pays et son premier port!; Marrakech (1,5 millions d'habitants) et Fès (1 million d'habitants) sont les grands pôles du commerce marocain. Tanger (554 000 habitants) contrôle le détroit de Gibraltar. Le gouvernement incite la population marocaine à s'établir au Sahara-Occidental, dont la ville principale est Laayoune.Langues et religions L' arabe, la langue officielle du pays, est parlé par 75 p. 100 de la population, mais le berbère, ou tamazigh, est également parlé par la moitié des Marocains (il est la langue maternelle d'au moins 25 p. 100 de la population). De nombreux Marocains parlent également le français et l'espagnol.L' islam est la religion officielle!; la totalité de la population musulmane est sunnite. Le roi du Maroc, descendant du prophète Mahomet, est Commandeur des croyants!; les chrétiens représentent 1 p. 100 de la population et les juifs moins de 0,1 p. 100.Éducation En 1963, l'école est devenue obligatoire pour tous les enfants de sept à treize ans. La scolarisation des garçons est cependant beaucoup plus importante que celle des filles. Moins de 40 p. 100 des enfants dans la tranche d'âge concernée sont scolarisés dans le secondaire. L'enseignement est dispensé en arabe. En 1994, le roi Hassan II décidait que le berbère serait désormais enseigné dans le primaire, une décision importante qui prendra un certain temps à être suivie d'effets. Le français est aussi utilisé dans le secondaire. En 1995, 56,3 p. 100 des Marocains ne savaient ni lire ni écrire. Au début des années 1990, 240 000 étudiants suivaient des études supérieures.L'enseignement supérieur traditionnel en arabe est assuré à l'université al-Qarawiyin, à Fès, fondée en 859 av. J.-C., et l'enseignement supérieur moderne dans les universités Mohammed V, à Rabat (1957), Mohammed Ben Abdallah, à Fès (1974), Cadi Ayyad, à Marrakech (1978), Hassan II, à Casablanca (1976) et Mohammed Ier (1978), à Oujda. Rabat est également dotée d'une école des beaux-arts et de plusieurs instituts spécialisés dans l'administration, l'agriculture et les sciences économiques. L'École des arts et traditions populaires (fondée 1921) est située à Tétouan.Culture Le Maroc s'est enrichi des influences de plusieurs cultures, comme en témoignent les vestiges des civilisations phénicienne, hellénique, carthaginoise, romaine et arabe. Le christianisme s'étendit dans la région avec l'occupation romaine et résista un temps à l'expansion arabe. L'influence arabo-musulmane l'emporta rapidement sur les côtes et dans les cités qui devinrent de grands centres d'échange entre l'Espagne, le Sahara et le reste du monde arabe. L'arabe, langue sacrée, devint aussi la langue écrite des échanges commerciaux et culturels. Le Maroc accueillit les musulmans et les juifs chassés par l'Inquisition espagnole au XVIe siècle : l'architecture et la musique arabo-andalouses vinrent influencer les arts et l'architecture de l'Islam. Le Maroc demeura, en revanche, en dehors de l'influence ottomane. L'influence ouest-africaine date de l'établissement des routes transsahariennes, au Xe siècle, et de la dynastie mauritanienne des Almoravides, fondateurs de Marrakech. La colonisation française, durant un demi-siècle, marqua le passage du pays au monde contemporain, avec les bouleversements que cela impliquait au sein de la société marocaine.La Bibliothèque nationale du Maroc, fondée en 1920, est située à Rabat. La ville de Casablanca et l'université de Fès abritent également des bibliothèques. Le principal musée est le Musée archéologique de Tétouan, dont la collection est composée de vestiges carthaginois, romains et musulmans. Économie Le Maroc est essentiellement un pays agricole, bien que seulement 20 p. 100 de la superficie soit cultivée. En 1994, le produit national brut (PNB) s'élevait à 29,3 milliards de dollars, soit un PNB annuel de 1 110 dollars par habitant. Depuis 1985, l'économie marocaine a été soumise à un ajustement structurel sévère qui produit des résultats inégalés sur le continent africain. Cependant, la croissance économique exceptionnelle en 1994 (11,8 p. 100) demeure insuffisante pour résorber le chômage : chaque année, 250 000 demandeurs d'emploi arrivent sur le marché du travail. En 1994, le taux de chômage s'élevait à 16 p. 100.Agriculture L'agriculture occupait, en 1995, 35 p. 100 de la population active et contribuait pour 18 p. 100 au PNB. La production est très dépendante des aléas climatiques. Ainsi, l'année 1994 s'était révélée exceptionnelle après trois années de sécheresse, mais la sécheresse prolongée de 1995 fit de nouveau craindre le pire (l'État dut réduire son budjet de fonctionnement de 5 p. 100. Les principales céréales sont l'orge (27 p. 100 des terres cultivées) et le blé (30 p. 100 des terres cultivées), dont la production totalise 3 millions de tonnes. La pomme de terre, les melons, les oliviers, la vigne, les légumineuses, les dattiers, la canne à sucre et la betterave à sucre sont également cultivés. Le Maroc est un gros producteur d'agrumes (1 275 000 tonnes). Le bétail comprend environ 17 millions de moutons, 5,5 millions de chèvres et 3,3 millions de bovins.Le liège est l'une des principales ressources de la forêt marocaine, mais la plupart du bois coupé est utilisé en tant que combustible !; au début des années 1990, la production de bois s'élevait à 2,2 millions de mètres cubes par an. Les principaux centres de pêche sont Agadir, Safi, Essaouira, Casablanca, auxquels s'ajoutent les centres côtiers du Sahara-Occidental. Au début des années 1990, les prises annuelles s'élevaient à 592 000 tonnes et comprenaient notamment des sardines, du thon, des maquereaux, des anchois et des crustacés.Mines et industries Les mines emploient 4 p. 100 de la population active et contribuent pour 7 p. 100 au PNB. Depuis l'annexion du Sahara-Occidental, le Maroc est devenu le premier pays producteur de phosphates, avec une extraction de 19 500 millions de tonnes en 1994.Des petites et moyennes entreprises assurent la production des produits manufacturés : matériaux de construction, produits chimiques, textiles, chaussures, pétrole raffiné, produits agroalimentaires (32 p. 100 de la production industrielle totale), vins, sucre, etc. L'artisanat est également un secteur traditionnel important : tissus, sellerie, céramiques, tapis et couvertures et ébénisterie de haute qualité. Au début des années 1990, la production annuelle se chiffrait à 1,2 million de mètres carrés de tapis et de couvertures et à 1,1 million de tonnes d'acide phosphorique.Plus de 85 p. 100 de la production annuelle en électricité est d'origine thermique, les 15 p. 100 restants étant produits dans des centrales hydroélectriques locales. Le Maroc dispose d'une capacité effective d'environ 2,2 millions de kilowatts (1989). Au début des années 1990, la production annuelle était d'environ 9,8 milliards de kilowattheures.Échanges La monnaie est le dirham marocain, unité divisible en 100 centimes. Elle est émise par la banque Al-Maghrib (1959), banque centrale du Maroc. De nombreuses banques privées sont également installées dans le pays.En 1994, le taux de couverture des importations par les exportations ne dépassait pas 55 p. 100. Les principaux produits d'exportation sont les phosphates et l'acide phosphorique. Le pays exporte également des agrumes, du blé, du poisson et des produits minéraux. La France, l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, les États-Unis et les Émirats arabes unis sont les principaux partenaires commerciaux du Maroc. L'émigration marocaine et le tourisme permettent d'importantes rentrées en devises étrangères, mais le tourisme est en régression, en raison des menaces islamistes au Maghreb.Le pays dispose d'importants équipements portuaires à Casablanca, Agadir, Kenitra, Safi et Tanger. Au début des années 1990, le pays disposait d'un réseau ferroviaire de 1 890 km et de 59 198 km de routes, dont 47 p. 100 étaient bitumées. Pour la même période, le parc automobile était de 669 630 véhicules de tourisme. Royal Air Maroc assure les liaisons aériennes intérieures et internationales!; plusieurs grandes compagnies aériennes desservent également le Maroc.Les émissions de radio et de télévison sont diffusées en plusieurs langues et s'ouvrent au berbère. La presse comprend 12 quotidiens et plusieurs périodiques.Gouvernement et vie politique Institutions Le Maroc est une monarchie héréditaire, régie par une Constitution révisée en 1992 par référendum.Aux termes de la Constitution, le monarque, qui doit être de sexe masculin, est le chef de l'État. Il nomme le Premier ministre et les membres du gouvernement. Il a le pouvoir d'ordonner la révision de mesures législatives et de dissoudre l'Assemblée législative. Il est également le chef des forces armées. La Chambre des députés compte 306 membres, élus pour six ans : 204 membres sont élus au suffrage direct et 102 au suffrage indirect par des représentants d'institutions locales ou professionnelles. La nouvelle Constitution a élargi les compétences du corps législatif, en même temps qu'était créée une cour constitutionnelle.Partis politiques Le système politique marocain est fondé sur le multipartisme. Les principaux partis sont l'Istiqlal (indépendance), parti nationaliste fondé en 1944, l'Union socialiste des forces de progrès (USFP), l'Organisation d'action démocratique et populaire (OADP), le Mouvement populaire constitutionnel démocratique (MPCD), parti conservateur fondé en 1959 le Rassemblement national des indépendants, parti promonarchique fondé en 1978 et l'Union constitutionnelle, fondée en 1983. En juin 1996, le monarque chérifien autorisait l'entrée d'islamistes modérés au sein du MPCD. Les mouvements islamistes demeurent étroitement contrôlés voire réprimés.Hassan II a multiplié, depuis 1990, les tentatives d'ouverture politique en direction de l'opposition. Les principaux partis refusèrent cependant de participer au nouveau gouvernement formé en février 1995, le roi ayant refusé les conditions qu'ils posaient en préalable : révision constitutionnelle, nouvelles élections et départ du ministre de l'Intérieur, Driss Bari, dont le nom fut souvent associé aux violations des droits de l'homme par les autorités marocaines.Défense Le Maroc est engagé depuis 1974 dans des opérations de maintien de l'ordre au Sahara-Occidental contre les nationalistes sahraouis du Front Polisario. Un service militaire de dix-huit mois est obligatoire pour tous les hommes. Au début des années 1990, l'armée de terre comptait environ 175 000 hommes, l'armée de l'air 13 500 et la marine 7 000.Histoire
Les Phéniciens Des vestiges d'«!archanthropiens!» (datant de 400 000 ans environ) ont été découverts près de Casablanca. Le Maroc est riche en vestiges paléolithiques (galets aménagés, bifaces acheuléens, faciès moustériens), dont des pointes atériennes spécifiques de l'Afrique du Nord (jusqu'à moins 10 000 ans environ) et du Sahara ont été utilisées jusqu'au Néolithique. Les populations qui s'installèrent peu après dans la région étaient probablement originaires d'Europe et d'Asie et donnèrent naissance aux ancêtres des Berbères actuels. L'histoire du Maroc commence véritablement avec l'arrivée des Phéniciens, qui fondèrent des comptoirs de commerce sur la côte méditerranéenne d'Afrique du Nord au XIIe siècle av. J.-C. sur des sites portant des noms d'origine berbère et devenus de grands ports, tels Tanger, Casablanca ou Melilla. La civilisation phénicienne rayonna sur la région durant un millénaire!; l'usage des métaux se répandit, des plantes nouvelles furent introduites, la langue et la religion des Phéniciens se diffusèrent également. À l'intérieur des terres, des royaumes berbères furent fondés : celui de Maurétanie, apparu au IVe siècle av. J.-C. dans le nord du Maroc et à l'est, celui des Masaesyles. Les colonies phéniciennes tombèrent ensuite aux mains des Carthaginois qui étendirent leur présence dans l'arrière-pays où, engagés dans la lutte contre Rome, ils passèrent des accords avec les chefs locaux, pour s'assurer notamment du libre passage par le détroit de Gibraltar. La définition des frontières par Rome La conquête de Carthage par l'Empire romain au IIe siècle av. J.-C. assura aux Romains la domination de tout le littoral africain baigné par la Méditerranée. De cette époque date pratiquement le partage territorial du Maghreb entre le Maroc et l'Algérie. Les Romains s'allièrent avec Bocchus, le roi berbère qui régnait sur toute la région à l'ouest de la Moulouya, pour briser la résistance de son gendre Jugurtha qui dominait l'Algérie. Jugurtha fut vaincu définitivement en 105 av. J.-C. Durant la période romaine, la région fut mise en valeur : des routes furent construites, des villes, telle Volubilis, furent fondées. L'agriculture se développa tandis que le commerce était actif. De 25 à 23 av. J.-C., Juba II, un souverain berbère, administra la Maurétanie (Algérie, Maroc, une partie de la Mauritanie). Vers 42 apr. J.-C., Claude Ier annexa l'ensemble de la Maurétanie à l'Empire romain : elle fut divisée en deux provinces, la Maurétanie Tingitane (de Tanger), correspondant au Maroc actuel, et que dirigea le fils de Juba, Ptolémée, et la Maurétanie césarienne (l'Algérie), la Moulouya marquant la frontière entre les deux régions. Les Romains, qui ne contrôlaient véritablement que la région septentrionale du pays (Volubilis) en raison de l'hostilité des montagnards berbères, se replièrent sur la région de Tanger qui fut rattachée, sous Dioclétien, à l'Espagne méridionale, en 285. En 429, le Maroc subit une nouvelle invasion, celle des Vandales germaniques qui furent assimilés par les populations locales. Le général byzantin Bélisaire reconquit le pays en 533 et imposa les lois de l'Empire byzantin. La conquête arabe Après la conversion de l'empereur Constantin, au IVe siècle, le christianisme s'était développé dans les régions romanisées, c'est-à-dire essentiellement les villes et les plaines côtières. Ces régions, cependant, qui supportaient mal l'omnipotence des fonctionnaires de l'Empire et l'extrême centralisation de celui-ci, allaient faire bon accueil aux idées d'indépendance financière et commerciale apportées par l'islam. Cette religion de marchands prônait l'égalité entre tous les croyants et, manquant de cadres administratifs, les prenaient chez les «!mawalis!» (affranchis, clients), lettrés chrétiens et juifs locaux, dont beaucoup finirent par se convertir, échappant ainsi à l'imposition touchant les «!dhimmis!» les gens du Livre, chrétiens et juifs, protégés par l'islam, mais soumis à des taxes pour compenser l'interdiction qui leur était faite de porter les armes. Il semble que, dans leur offensive contre les Byzantins, les troupes arabo-musulmanes conduites par Oqba ibn Nafi atteignirent l'Atlantique dès 682. Mais les tribus berbères montagnardes, qui n'avaient pas plus accepté la domination de Byzance que celle de Rome, les forcèrent à se replier. La véritable conquête débuta une vingtaine d'années plus tard, entre 705 et 707, sous la direction de Moussa ibn Noçaïr qui sut habilement jouer des clivages entre tribus berbères. Ce fut un Berbère converti, Tarik ibn Ziyad, qui franchit le détroit de Gibraltar et conquit l'Espagne. Ses troupes étaient composées principalement de Berbères islamisés, encadrés par des Arabes ou des convertis arabisés. Plusieurs dynasties musulmanes, se référant pour des raisons religieuses et de prestige à une origine arabe, régnèrent alors sur le pays. La résistance à l'islamisation et à la domination arabe fut vive dans certaines régions berbères. Elle prit notamment la forme du kharijisme, un mouvement musulman contestataire s'appuyant sur une stricte lecture du Coran et récusant le mode de succession au califat, qui privilégiait l'appartenance à la lignée du Prophète ou à celle des premiers compagnons (Ansars). En 742, une révolte ébranla les montagnes marocaines. Dans le Tafilalet (région actuelle d'Erfoud, dans le Sud-Est), un royaume kharijite subsista longtemps avec pour capitale Sijilmassa, comptoir commercial au croisement des routes d'échanges entre les empires de l'Afrique noire Ghana et Mali et le monde musulman. En 788, Idris Ier, descendant d'Ali, gendre du Prophète, qui avait fui l'Arabie, fonda la dynastie des Idrissides. Elle régna jusqu'en 926 et fut à l'origine de la ville de Fès, qui devint un important centre religieux et intellectuel sous le régne d'Idris II. Après la mort de celui-ci, le royaume idrisside entra en déclin. Alors que l'Est subissait les raids des nomades Beni Hilal, les Fatimides chiites d'Égypte et les Omeyades de Cordoue rivalisaient pour étendre leur domination sur le Maroc. Si les Fatimides portèrent le coup fatal à la dynastie idrisside, ce fut du Sahara que vint le redressement. Les premières dynasties berbères Les Almoravides (en arabe al-Murabitun), guerriers rigoristes de l'islam, dont le mouvement était né dans le sud de la Mauritanie actuelle parmi les nomades Sanhadja, allaient dominer la région à partir de 1062, date à laquelle ils fondèrent Marrakech, au croisement des routes commerciales entre le monde arabe et le Sahara. Leur expansion se fit à la fois en direction de l'Espagne musulmane et de l'Afrique noire. En 1086, ils battaient, à Zellaca, le roi Alphonse XI. Au sud, ils emportaient, en 1077, une victoire décisive sur l'empire du Ghana, prenant ainsi le contrôle du commerce de l'or. Au début du XIIe siècle, l'empire almoravide comprenait l'Espagne musulmane, le Maghreb occidental et central ainsi que le Sahara. Mais un nouveau mouvement réformateur se dressa contre eux. La venue au pouvoir des Almohades, en 1147, marqua le triomphe des Berbères sédentaires de l'Anti-Atlas. Dans sa plus large extension, les Almohades exerçaient leur autorité sur l'actuelle Algérie, la Tunisie, la Libye, ainsi que sur une partie du Portugal et de l'Espagne. En 1212, la bataille de Las Navas de Tolosa, sur le sol espagnol, au cours de laquelle les armées chrétiennes vainquirent les troupes musulmanes, marqua le début du déclin des Almohades et de l'Espagne musulmane. Les Beni Merin, des Berbères qui avaient été poussés vers le sud du Maroc par les invasions arabes, en profitèrent pour se soulever. En 1269, les Mérinides parvinrent à s'imposer sur le trône!; ils fixèrent leur capitale à Fès qu'ils firent doubler par une nouvelle cité, Fes el-Djid (Fès-la-Neuve). Les Mérinides ne purent cependant maintenir l'empire maghrébin des Almohades. Ils perdirent le contrôle des routes sahariennes et s'engagèrent dans de coûteuses opérations militaires dans la péninsule Ibérique, luttant contre l'avancée des princes chrétiens ou prenant parti dans les conflits entre princes musulmans d'Andalousie. La Reconquista (reconquête) gagna bientôt le territoire marocain lui-même. Espagnols et Portugais se partagèrent les côtes en zones d'influence : les rivages méditerranéens revinrent à l'Espagne et le littoral Atlantique échut au Portugal. En 1415, le port de Ceuta fut pris aux musulmans andalous par les Portugais!; Melilla tomba aux mains des Espagnols en 1497. Les dynasties chérifiennes La progression des Européens provoqua le sursaut des Beni Saad ou Saadiens. Se donnant pour descendants du Prophète, ces chérifs ou chorfas (titre donné aux descendants de Mahomet par Ali et Fatima) étaient établis au sud, dans la vallée du Sous, autour de Taroudant. Ils menèrent la guerre sainte contre les Portugais, qu'ils chassèrent d'Agadir en 1541, puis de Safi. Ils s'attaquèrent ensuite aux successeurs des Mérinides, les Wattassides. En 1549, ils s'emparèrent de Fès. Les Wattassides demandèrent l'aide des Turcs présents en Algérie, mais les Saadiens se rendirent maîtres du pays en 1554. Pour faire pièce aux Turcs ottomans, qui souhaitaient étendre leur domination sur tout le Maghreb, les sultans saadiens adoptèrent une politique d'équilibre entre ceux-ci et les Occidentaux. En 1578, le soutien donné par le jeune roi du Portugal, Sébastien, à un prétendant au trône du Maroc se solda par un désastre et livra le Portugal, dont le roi avait été tué, aux convoitises de l'Espagne. En 1591, les Saadiens, souhaitant obtenir les mines de sel du Sahara et l'or du Soudan, lancèrent une expédition à travers le désert contre l'Empire songhaï, établi dans la vallée du Niger. Le sultan Ahmed el-Mansour n'en retira pas l'argent espéré, mais les nationalistes marocains s'appuyeront par la suite sur cette conquête pour revendiquer toute la région comprise entre le Maroc et les rives septentrionales du Niger (nord-Mali) et du Sénégal (Mauritanie) à l'époque des indépendances africaines en 1960. Le pays bénéficia considérablement de l'immigration de près d'un million de Morisques (Maures) et de juifs expulsés d'Espagne après 1492. Le Maroc saadien était unifié et relativement prospère!; l'architecture et les arts marocains connurent un essor notable à cette époque. Peu après l'arrivée des premiers Saadiens d'Arabie, des immigrants se réclamant de la descendance d'Hassan, l'un des deux fils d'Ali, s'étaient installés dans le Tafilalet, aux portes du désert. Utilisant le prestige que leur accordait cette ascendance alaouite, ils s'appuyèrent sur le désir d'indépendance des habitants de la région pour se poser en prétendants au trône, au milieu du XVIIe siècle. Les Alaouites règnent encore de nos jours sur le Maroc. La dynastie connut son apogée sous Moulay Ismaïl, le bâtisseur de Meknès. Il s'engagea dans la reconquête du pays sur les chrétiens et mena la lutte contre les Ottomans. Son règne fut suivi d'une longue période de rivalités familiales, ponctuées de brefs interludes de paix et de prospérité relatives. À la fin du XVIIIe siècle, seul le tiers septentrional du Maroc restait soumis à l'administration du sultan : c'était le Bled el-Maghzen, pays soumis à l'impôt, donc à l'autorité chérifienne, tandis que le reste du pays restait en état de quasi-insoumission (Bled el-Siba, pays de la dissidence). L'intrusion européenne Les puissances européennes, qui luttaient en Méditerranée contre les Ottomans et les pirates des États barbaresques, profitèrent de l'affaiblissement du royaume chérifien pour signer des traités commerciaux à leur avantage : la France, en 1767, et l'Angleterre, en 1792, obtinrent le libre passage du détroit de Gibraltar et la liberté de commerce. L'occupation française d'Alger, en 1830, provoqua une réaction nationaliste des Marocains. Le sultan Abd al-Rahman apporta son soutien à l'émir Abd el-Kader qui dirigeait la résistance de l'Oranie. En tentant de reprendre Ceuta et Melilla, les Marocains déclenchèrent en retour une expédition espagnole qui s'empara de Tétouan, en 1860. L'affaiblissement du Maroc, contraint par ailleurs de payer d'importants dommages de guerre, attisa les rivalités européennes. Entre 1900 et 1903, la France occupa les confins marocains. En 1904, la France, la Grande-Bretagne et l'Espagne conclurent des accords qui préparaient un partage du Maroc. L'Espagne étendait son influence sur le Rif, dans l'arrière-pays de Ceuta et de Melilla!; l'Angleterre abandonnait ses visées sur le reste du pays au bénéfice de la France, en échange de l'abandon de celles de la France sur l'Égypte. Mais l'Allemagne, se sentant lésée, intervint dans le jeu des puissances coloniales. Le 31 mars 1905, Guillaume II rendit visite au sultan à Tanger, où il proclama sa volonté de soutenir l'indépendance marocaine. La tension entre la France et l'Allemagne fut portée à son comble. L'année suivante, la conférence d'Algésiras plaça le pays sous contrôle international. En 1909, Français et Allemands signèrent une convention de partage économique du Maroc. Une nouvelle crise, l'incident d'Agadir, se produisit en 1911. Le sultan Moulay Hafiz, assiégé dans Fès par des tribus berbères révoltées, fit appel à la France. En réaction, une canonnière allemande fut envoyée dans le port d'Agadir. La crise trouva une solution politique par l'échange d'une partie du territoire du Congo français contre l'abandon des prétentions allemandes au Maroc. Le protectorat français Le 30 mars 1912, le sultan reconnut le protectorat français. La convention de Fès attribuait également à l'Espagne la zone septentrionale et le territoire d'Ifni. Une longue période de pacification du pays s'ouvrit, sous la conduite de Lyautey. Marrakech fut occupée en septembre 1912, et Agadir l'année suivante. Jusqu'en 1925, Lyautey, résident général, s'efforça de mener une politique respectueuse des habitants marocains et travailla à valoriser le pays, lequel fut doté de routes, de voies ferrées et de ports. Mais le Rif fut ébranlé, de 1921 à 1926, par la révolte d'Abd el-Krim, qui ne fut matée que par une alliance franco-espagnole conduite par Pétain. Le Haut-Atlas ne fut soumis officiellement qu'en 1934. La vallée du Draa et les oasis du sud restèrent encore longtemps en état de dissidence larvée. En 1930, la France, qui souhaitait mettre en place une administration plus directe, telle que celle qui existait en Algérie, tenta de désarmer les Berbères en publiant le «!dahir berbère!» qui reconnaissait leur spécificité (langue, lois coutumières) par rapport à l'administration arabe. Ce texte entraîna la première réaction nationaliste des milieux arabisés, qui accusèrent la France de vouloir diviser le pays pour mieux asseoir son autorité. La lutte pour l'indépendance La défaite française de 1940 renforça le nationalisme. La figure principale du nationalisme marocain, Allal el-Fasi, allait donner ses fondements idéologiques au parti de l'Indépendance, l'Istiqlal, fondé en 1943 par Ahmed Balafrej et El-Tazidi, un an après le débarquement des troupes américaines au Maroc. Le pays devint une base stratégique pour les Alliés jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Aux revendications des nationalistes, la France répondit, en 1944, par l'arrestation de Balafrej. En 1945, le sultan Mohamed ben Youssef reprit à son compte la demande d'indépendance et se heurta à l'opposition de la France poussée par le parti colonial. Grèves, émeutes et terrorisme ensanglantèrent le pays à l'annonce de la déposition du sultan, le 20 août 1953. Il fut exilé en Corse puis à Madagascar et remplacé par le pacha traditionnaliste de Marrakech, Mohamed ben Arafat. Cependant, la France, qui était engagée dans la guerre d'Algérie, devait faire face à la révolte nationaliste en Tunisie et sortait à peine de la guerre en Indochine, rappela le sultan dont l'exil n'avait fait que conforter la légitimité et grandir le prestige international. Paris reconnut l'indépendance du pays le 2 mars 1956!; Madrid reconnut celle du Maroc espagnol, le 7 avril. Ceuta, Melilla et Ifni demeuraient cependant des enclaves espagnoles. Le statut international de Tanger, institué en 1923, fut aboli le 21 octobre. En août 1957, le sultan Mohamed ben Youssef devint roi du Maroc, sous le nom de Mohammed V. Vers l'unification Malgré la pression des nationalistes, Mohammed V accepta l'indépendance d'un pays amputé des enclaves espagnoles et ne comprenant pas les territoires que les nationalistes, au nom de l'histoire, estimaient marocains : tout le Sahara jusqu'au Niger et au Sénégal, autrement dit, la région de Tindouf, qui faisait partie de l'Algérie française, le nord de l'actuel Mali, la Mauritanie et le Sahara-Espagnol. Le roi n'y renonçait pas définitivement mais estimait que l'indépendance immédiate était préférable. L'Istiqlal créa, dans le Sud, une armée de libération marocaine comprenant des Mauritaniens et des Sahraouis, membres de tribus nomadisant à travers ces territoires et partisans d'un «!grand Maroc!». Cette armée irrégulière envahit le nord de la Mauritanie à l'indépendance de celle-ci, en 1960, et certains de ses membres forcèrent, en janvier 1969, les Espagnols à évacuer Ifni. Mais cette armée devenait incontrôlable et fut dissoute par le roi, ce qui suscita un vif mécontentement parmi ses membres sahraouis dont le territoire était toujours occupé par l'Espagne : ils devinrent les premiers cadres du Front populaire pour la libération de la Saguia el-Hamra et du Rio de Oro. Le Front Polisario mena désormais la lutte pour l'indépendance hors de l'État marocain. Le contentieux sur la frontière entre l'Algérie et le Maroc, à partir de 100 km au sud d'Oujda, avait été mis en sommeil, d'un commun accord entre les deux parties jusqu'à l'indépendance algérienne. Dès celle-ci, en 1962, les relations s'envenimèrent entre les voisins maghrébins. La «!guerre des sables!», en 1963 et 1964, opposa en fait deux régimes, l'un monarchique et intégré au camp occidental, l'autre révolutionnaire et non-aligné. L'Algérie appuyait les revendications sahraouies pour s'aménager une éventuelle fenêtre sur l'Atlantique et empêcher la constitution d'un grand ensemble territorial concurrent en Afrique du Nord. La guerre du Sahara En 1974-1975, le Maroc exerça de fortes pressions sur l'Espagne afin qu'elle renonce à son territoire saharien. Les Espagnols quittèrent la région en 1976 et cédèrent les deux tiers nord de la colonie au Maroc et le tiers sud à la Mauritanie. Celle-ci se retira du conflit en 1979, et le Maroc occupa le territoire abandonné. Le roi Hassan II engagea encore davantage son pays dans la lutte contre le Polisario au Sahara-Occidental, afin de protéger les mines de phosphate et les centres urbains menacés. En 1984, l'Organisation de l'unité africaine ayant accordé un siège au Polisario, le Maroc quitta celle-ci. L'Organisation des Nations unies fut alors sollicitée pour mettre fin au conflit. Elle recommanda la tenue d'un référendum d'autodétermination sous contrôle international. Mais celui-ci n'a cessé d'être différé, les parties ne s'accordant pas sur l'identification des votants. Le Maroc d'Hassan II En 1959, l'Istiqlal avait éclaté et son aile gauche, conduite par Medhi Ben Barka, avait fondé l'Union nationale des forces populaires (UNFP) revendiquant auprès du roi une plus grande démocratisation. Mais Mohammed V mourut en 1961, et son fils, Hassan II, lui succéda. Il signa une charte royale, instituant une monarchie constitutionnelle approuvée, en décembre 1962, par un référendum boycotté par l'UNFP. De violentes manifestations obligèrent le pouvoir à se séparer du gouvernement trop conservateur présidé par Hallal el-Fassi. Cependant, en juin 1965, après des émeutes populaires violemment réprimées, le roi suspendit le Parlement et assuma les pleins pouvoirs, occupant également la fonction de Premier ministre. À la fin de l'année éclata l'«!affaire Ben Barka!» et la disparition non élucidée du leader de l'UNFP, vraisemblablement assassiné, opposa durablement la gauche au souverain. Le roi soutint la cause arabe en 1967 lors de la guerre contre Israël et s'employa à consolider l'unité arabe, en fondant le comité Al-Qods (nom arabe de Jérusalem) en faveur du retour de la Ville sainte à l'islam. En 1970, un nouveau référendum constitutionnel renforça les pouvoirs de l'exécutif. En 1971, à Skirat, et en 1972, au cours d'un voyage aérien, Hassan II échappa à deux attentats, dont le dernier avait été fomenté par le général Oufkir. Le souverain reprit le contrôle d'une situation qui semblait lui échapper en s'engageant dans le processus de récupération du Sahara-Occidental, une cause qui réunissait toutes les forces populaires et politiques marocaines, jusqu'au Parti communiste : une «!Marche verte!» fut organisée en 1975. L'unité nationale ainsi réaffirmée fut ébranlée en 1981 : l'augmentation des prix des produits de base déclencha de nouvelles émeutes à Casablanca, cité tentaculaire dont la population avait augmenté de près d'un million d'habitants en quatre ans, en raison de l'exode rural et de l'extension des cultures industrielles au détriment des cultures vivrières. Face au malaise social et confronté aux critiques nationales et internationales concernant les violations des droits de l'Homme, Hassan II multiplia, en vain, les offres d'ouverture vers l'opposition. En 1988 s'amorça le rapprochement avec l'Algérie, laquelle représentait un important marché pour les céréales marocaines. Il se concrétisa, l'année suivante, par la création de l'Union du Maghreb arabe (UMA). Aux contestations républicaines s'ajouta, dans la même période, l'essor d'un mouvement islamiste. Commandeur des Croyants, descendant du Prophète et fondateur du comité Al-Qods, Hassan II s'est employé à neutraliser les islamistes sur leur terrain en lançant la construction d'une immense mosquée à Casablanca dotée d'un minaret de 172 m (le Phare de l'islam), inaugurée en 1988. Après de nouvelles émeutes populaires à Fès, en 1990, Hassan II gracia, en 1991, 2 000 détenus, dont des prisonniers sahraouis, et fit libérer les 32 derniers prisonniers du bagne de Tazmamart, qui fut rasé. En juillet 1994, une nouvelle grâce royale fut accordée et, en juin 1995, après vingt-neuf ans d'exil, l'opposant Mohame Basri, l'un des fondateurs de l'UNFP, fut autorisé à rentrer dans son pays. Cette libéralisation, jugée encore insuffisante par l'opposition s'est accompagnée de négociations avec l'Union européenne (UE). En novembre 1995, le Maroc, qui a donné son accord à la construction d'un pont sur Gibraltar, signa avec l'UE un important accord d'association.
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