Tunisie |
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Tunisie, officiellement République tunisienne, pays d'Afrique du Nord baigné, au nord et à l'est, par la mer Méditerranée, limité par la Libye au sud, et par l'Algérie à l'ouest. La Tunisie, qui couvre une superficie de 163 610 km2, est l'une des plus anciennes entités politiques du Maghreb. Sa capitale est Tunis. Ouvert sur le monde méditerranéen, à la pointe occidentale de l'Afrique du Nord, le pays accueillit sur son sol de grandes civilisations, phénicienne, romaine et arabo-musulmane. Premier pays du Maghreb à avoir été arabisé, la Tunisie, devenue indépendante en 1956, apparaît aujourd'hui comme un pôle de stabilité dans la région. Le pays et ses ressources Relief et hydrographie La côte méditerranéenne de la Tunisie, longue de 1 200 km, est entaillée par de nombreux ports naturels et des bras de mer, notamment les golfes de Tunis, d'Hammamet et de Gabès. Ce dernier abrite l'île de Djerba et les îles de Kerkennah.Au nord, les contreforts peu élevés de l' Atlas maritime traversent le pays dans une direction sud-ouest-nord-est. C'est ce que l'on appelle la dorsale tunisienne. L'altitude des pics oscille entre 610 et 1 520 m. Des vallées et des plaines fertiles sont encaissées entre les montagnes de cette région. Le seul cours d'eau majeur du pays, la Medjerda, traverse la région d'ouest en est, pour déboucher dans le golfe de Tunis. Plus au sud, les montagnes font place à un plateau dont l'altitude moyenne est d'environ 600 m. Puis, le plateau s'abaisse progressivement jusqu'à une succession de dépressions salées, connues sous le nom de sebkhas. Plusieurs de ces sebkhas se situent en dessous du niveau de la mer. Au sud, elles se trouvent en bordure du désert du Sahara, qui constitue près de 40 p. 100 de la superficie de la Tunisie.Climat Le climat de la Tunisie, du fait de sa longue façade maritime et des faibles altitudes, est de type méditerranéen. Les températures atteignent une moyenne de 10,6 !°C en janvier et de 26,1!°C en juillet. Le nord du pays est assez bien arrosé!; la saison des pluies, d'octobre à mai, est relativement longue. En se dirigeant vers le sud, le climat devient progressivement plus chaud et plus sec.Les précipitations moyennes annuelles sont d'environ 610 mm, avec une forte variabilité. Elles diminuent en se dirigeant vers le sud : elles ne représentent qu'environ 178 mm par an dans le Sahara.Ressources naturelles La flore de Tunisie, dans les régions côtières, est semblable à celle de l'Europe du Sud. Les régions fertiles et bien arrosées du Nord se caractérisent par leurs nombreux vignobles et par leurs forêts denses de chênes-lièges, de pins et de genévriers. Plus au sud, la végétation, adaptée aux conditions climatiques semi-arides, est de type steppique : les herbes sauvages, notamment l'alfa, dominent. Dans les régions arides de l'extrême Sud, les oasis sont le domaine des palmiers-dattiers. Hyènes, sangliers, chacals et gazelles comptent parmi les représentants d'une faune assez abondante.Le pétrole et les phosphates sont les principales ressources minérales de la Tunisie. Les gisements se situent dans le sud du pays.Population et société Démographie En 1995, la population tunisienne était estimée à 8,9 millions d'habitants, soit une densité de 55 personnes au km2. Le taux de fécondité, légèrement au-dessus de 3 enfants par femme, est le plus faible du monde arabe. L'accroissement naturel prévu pour les cinq dernières années du XXe siècle est modéré (1,7 p. 100 par an). En revanche, la Tunisie accuse un certain retard par rapport à certains pays arabes (notamment ceux du golfe Arabo-Persique) quant à l'espérance de vie, qui n'était que de 68 ans en 1992. Il en est de même pour la mortalité infantile (43 p. 1 000).Près des trois quarts des Tunisiens vivent dans les régions côtières. Les régions arides du Centre et du Sud, représentant 70 p. 100 de la superficie totale, ne sont habitées que par 30 p. 100 de la population.Malgré de nombreuses invasions, la population tunisienne présente une grande homogénéité, au prix de quelques paradoxes. En effet, si les Tunisiens sont presque tous d'origine berbère, moins de 1 p. 100 d'entre eux parlent un dialecte berbère. Les berbérophones vivent principalement dans le sud du pays, aux portes du désert. L'arabisation du pays fut précoce car la Tunisie fut le premier pays du Maghreb que traversèrent les conquérants arabes.Villes principales La capitale et la plus grande ville de Tunisie est Tunis, port maritime, avec une population estimée à 1,4 million d'habitants. Les autres grandes villes sont Sfax, Sousse et Bizerte. Ces villes n'ont cessé de croître depuis l'indépendance, celles de province ayant un rythme de croissance inférieur à celui de la capitale, qui reste le centre politico-administratif et économique du pays.Langues et religions L' arabe est la langue officielle de la Tunisie, mais le français est parlé sur tout le territoire. L'islam est religion d'État, et ses fidèles constituent la quasi-totalité de la population. Les musulmans tunisiens se rattachent à la branche sunnite de l'islam. 85 p. 100 sont de rite malikite, majoritaire dans les pays du Maghreb, et 15 p. 100 de rite hanafite. La communauté juive, forte de plusieurs dizaines de milliers de personnes avant l'indépendance, est réduite à moins d'un millier. Les catholiques représentent une autre minorité.Éducation et culture Dès l'indépendance, des efforts importants furent faits dans le domaine de l'enseignement. La scolarité fut rendue obligatoire, l'âge minimum pour quitter le système scolaire étant régulièrement retardé (en 1996, il fallait avoir effectué les neuf premières années d'enseignement pour pouvoir le quitter). Le français est appris dès le cycle primaire et il est la langue principale d'enseignement dans le cycle universitaire. En 1995, deux Tunisiens sur trois étaient alphabétisés, et les deux tiers des enfants de 12 à 17 ans étaient scolarisés!; l'enseignement supérieur concernait 10 p. 100 de la classe d'âge concernée.La Tunisie bénéficie d'un patrimoine culturel très riche !; ce qui tient, d'une part à la présence sur son sol de grandes civilisations, Carthage, Rome, pour ne citer que les plus prestigieuses, et d'autre part à la politique de conservation et de préservation de cet héritage millénaire. La Tunisie détient la plus grande collection de mosaïques au monde. Celle-ci est en grande partie conservée et exposée au Musée national du Bardo, fondé en 1888 à Tunis, qui regroupe quatre grands départements, carthaginois, romain, paléochrétien et islamique. (Voir aussi Islam, art et architecture de l' et Maghreb, littérature du.)L'information en Tunisie se professionnalise de plus en plus. S'il existe depuis longtemps une presse généraliste abondante, composée de journaux francophones (trois quotidiens) et arabophones, on assiste depuis peu à l'émergence de sources d'information à usage professionnel, comme des annuaires économiques calqués sur ceux de la France. Gouvernement et vie politique La Constitution adoptée en 1959 institua un régime présidentiel fort, au sein duquel le pouvoir exécutif est presque entièrement détenu par le président de la République. Le président est le chef de l'État et le chef des armées. Il nomme le Premier ministre, les ministres et préside les conseils des ministres. Le Premier ministre est responsable devant lui. Le président est élu au suffrage universel pour un mandat de cinq ans. Depuis la révision de 1988, la présidence à vie n'est plus constitutionnellement possible : le mandat présidentiel est renouvelable deux fois.À l'indépendance du pays, en 1956, la fonction de président fut assumée par Habib Bourguiba, qui fut destitué le 7 novembre 1987 par son Premier ministre, Zine el-Abidine Ben Ali. Celui-ci fut réélu à deux reprises.Le pouvoir législatif est exercé par la Chambre des députés, composée, depuis 1988, de 163 membres. Parmi ceux-ci, 141 (soit l'ancien nombre des députés) sont élus au scrutin uninominal direct, tandis que 22 sont désignés par le président parmi les listes qui n'ont pas obtenu de députés. Ce système fut expérimenté lors des dernières élections législatives, en 1994, à l'issue desquelles le parti gouvernemental, Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), remporta tous les sièges du premier groupe.Le RCD est l'émanation de l'ancien parti unique, le Parti socialiste destourien (PSD). Depuis 1988, le multipartisme est autorisé. Cependant, la culture du parti unique a affaibli, sans toutefois les faire disparaître, les quelques partis d'opposition, issus généralement de scissions avec le PSD, qui forment l'opposition légale. Aux dernières élections, l'opposition totalisait moins de 10 p. 100 des suffrages. Le plus important parti de l'opposition est le Mouvement des démocrates sociaux (MDS) et le plus ancien, le Parti communiste tunisien (PCT). En 1991, le parti En-Nahda (la Renaissance), représentant l'opposition islamiste, fut interdit et sa dissolution fut prononcée. Durant le court intervalle de temps, de 1989 à 1991, durant lequel En-Nahda fut autorisé, il était apparu comme la principale force d'opposition. Son interdiction s'inscrit dans le cadre d'une campagne de lutte contre l'islamisme.Le pouvoir local, limité dans un pays centralisé et peu étendu, est détenu par les gouverneurs, nommés par le président à la tête des 23 gouvernorats. Chaque gouvernorat est divisé en délégations.Le président est le chef d'une armée de taille modeste : elle comporte un peu moins de 40 000 hommes, dont les trois quarts sont dans l'armée de terre. Cela correspond au choix passé de Habib Bourguiba de privilégier la police pour assurer le maintien de l'ordre dans le pays, choix maintenu par son successeur Ben Ali, pourtant général avant d'occuper des fonctions civiles, mais plus soucieux de garantir la sécurité intérieure du pays, en luttant contre les islamistes, que sa sécurité extérieure.Économie Le produit national brut (PNB) de la Tunisie s'élevait à 16,45 milliards de dollars en 1994. Durant les dix années précédentes, le pays a connu une croissance moyenne de 1,8 p. 100 (4,4 p. 100 en 1994). La croissance s'est amorcée au moment où, en 1986, un plan d'ajustement structurel était engagé avec le soutien du Fonds monétaire international (FMI). En 1995, la Tunisie signait un accord de libre-échange avec l'Union européenne, manifestant ainsi sa volonté de s'inscrire dans le commerce international. L'essor de l'économie tunisienne est d'autant plus remarquable que l'augmentation du PNB a été plus forte que l'accroissement de la population : le revenu annuel par habitant se hissait en 1994 à 1 350 dollars, le plus élevé des pays du Maghreb. Dans le même temps, la part de l'agriculture dans le PNB régressait à 16 p. 100 (contre 52 p. 100 pour les services), le taux de couverture des importations par les exportations progressait pour approcher 70 p. 100, tandis que l'endettement du pays 9,3 milliards de dollars en 1994 était mieux maîtrisé. La Tunisie attire de plus en plus d'investissements privés, encouragés par un nouveau code des investissements très libéral (exonération fiscale pendant dix ans, rapatriement des bénéfices, convertibilité du dinar). Le chômage demeure cependant un des problèmes structurels de l'économie tunisienne : en 1994, il s'élevait à 17 p. 100, frappant principalement les jeunes, dont une grande partie de jeunes diplômés.Agriculture La part du secteur agricole dans le PNB a été divisée par 3 en trente ans, passant de 56 p. 100 en 1960 à 16 p. 100 en 1994. L'agriculture ne fut cependant jamais sacrifiée au profit de l'industrie, comme cela fut le cas en Algérie, par exemple. Depuis l'indépendance, un ambitieux programme de construction de barrages et de développement de l'irrigation a ainsi été entrepris. La Tunisie, autrefois «!grenier à blé!» de l'Empire romain, a une tradition agricole au moins deux fois millénaire.Les principales cultures ont été maintenues au fil des siècles. La céréaliculture, avec notamment la culture du blé, tendre et dur, et de l'orge, occupe aujourd'hui le tiers des terres cultivées. De grandes plaines céréalières s'étendent au nord du pays. L'arboriculture est également très développée. Cinquante-cinq millions d'oliviers sont cultivés dans la pays, essentiellement dans le Sahel tunisien, au centre-est du pays. La Tunisie est l'un des plus grands producteurs mondiaux d'huile d'olive. Les agrumes sont cultivés dans la péninsule du cap Bon, au nord-est du pays. Quant aux dattes, elles sont la principale ressource agricole des oasis du Sud. Ces trois produits sont en grande partie destinés à l'exportation. L'élevage, pour sa part, concerne les ovins, dont le nombre de têtes s'élève à 3,5 millions. La pêche, qui bénéficie de la longue façade maritime, se concentre sur certaines régions poissonneuses comme le golfe de Gabès. Les prises atteignaient 87 000 tonnes en 1994.Mines et industries Bien qu'elle ne soit pas aussi riche en pétrole que ses voisins libyen et algérien, la Tunisie possède plusieurs gisements importants, terrestres et off shore, concentrés dans le sud du pays. Un nouveau champ pétrolier était ouvert en 1995. Les réserves, assez modestes, étaient estimées à 57 millions de tonnes en 1994, pour une production de 4,5 millions de tonnes, qui couvre largement les besoins du pays. La Tunisie possède en outre les gisements de phosphates les plus importants du monde dans la région de Gafsa, dans le sud-ouest du pays. Les autres ressources minières sont le fer, le plomb et le zinc.La Tunisie étant un petit pays aux besoins modestes, l'industrie est essentiellement tournée vers l'extérieur. Ainsi, les industries de base, utilisant les matières premières locales, agroalimentaire, sidérurgie, métallurgie et chimie, autant que les industries de biens de consommation, textile, cuirs et chaussures, ont été encouragées par le gouvernement tunisien à exporter. Si l'industrie textile s'est beaucoup développée, grâce, notamment, aux faibles coûts salariaux, les industries lourdes, en revanche, n'ont pas échappé à la crise mondiale. Le secteur le plus intéressant pour la Tunisie demeure le tourisme, première source de devises du pays et principal secteur d'investissements. En 1995, plus de 4 millions de touristes européens (Allemands, Italiens, Français) et maghrébins (Libyens, Algériens) ont séjourné en Tunisie.Échanges La France est le premier partenaire commercial de la Tunisie. Elle fournit plus du quart des importations et reçoit pour environ 30 p. 100 des exportations. L'Italie et l'Allemagne sont également des partenaires commerciaux importants. Les échanges prennent également la forme de sociétés mixtes dont la formation est encouragée par la libéralisation de l'économie.La Tunisie dispose d'un réseau routier assez dense d'environ 30 000 km, dont les deux tiers sont bitumés. Elle bénéficie d'un réseau autoroutier en développement. Il dessert les grands centres économiques, Tunis, Sousse et bientôt Sfax et Bizerte. Le pays est également desservi par près de 2 115 km de voies ferrées, dont la construction date de la colonisation française. Il s'agissait à cette époque de convoyer les ressources minières des centres d'extraction vers les ports. Il existe en Tunisie quatre grands ports : Tunis, Bizerte, Sousse et Sfax. Zarzis, port de moindre importance, est utilisé comme relais des ports libyens en raison de l'embargo maritime sur ce pays. Grâce au développement touristique, le pays s'est doté de six aéroports internationaux.L'unité monétaire est le dinar tunisien, subdivisé en 1 000 millimes. La monnaie est convertible depuis 1992 pour les transactions commerciales des entreprises. Le secteur bancaire tunisien est presque entièrement privé et connaît une modernisation rapide. Il n'est pas étranger à l'essor de la Bourse de valeurs de Tunis.Histoire La Tunisie carthaginoise Le peuplement de la Tunisie par les Berbères, issus de la migration des populations libyques venues du Sud, est attesté au moins 4 000 ans av. J.-C. La première grande civilisation que connut le pays fut celle que fondèrent les Phéniciens, peuple sémite originaire des côtes de Syrie et du Liban. Dominant le commerce maritime en Méditerranée, ils établirent des comptoirs en Afrique du Nord, parmi lesquels Utique vers 1100 av. J.-C., dans le nord-est de la Tunisie. En 814 av. J.-C., fut fondée Carthage, au nord-est de l'actuelle Tunis. Durant les siècles suivants, Carthage se trouva au cur d'un empire puissant qui domina la majeure partie de l'Afrique du Nord et régna même sur le sud de la péninsule Ibérique, la Sardaigne et une partie de la Sicile. À partir de 264 av. J.-C., Carthage affronta l'Empire romain, alors en pleine expansion, au cours des guerres puniques. Durant la dernière de ces guerres, Rome vainquit les Carthaginois et détruisit entièrement leur capitale, en 146 av. J.C. Du IIe siècle av. J.-C. au Ve siècle apr. J.-C., l'essentiel du territoire formant l'actuelle Tunisie fut intégré à la province romaine d'Afrique.Au cours du V e siècle, alors que l'Empire romain, soumis aux invasions barbares, déclinait, les Vandales, peuple germanique traversèrent la péninsule Ibérique, franchirent la Méditerranée et arrachèrent la province d'Afrique aux Romains. Après un siècle d'occupation vandale, de 430 environ à 534, le pays fut conquis par le général byzantin Bélisaire.La conquête musulmane Le pays, très urbanisé et en grande partie christianisé, fut envahi par les Arabes musulmans au VII e siècle, qui allaient le diriger jusqu'au début du XVIe siècle. Durant cette période, les populations adoptèrent progressivement le mode de vie musulman, qui se substitua à la culture catholique byzantine. Les conquérants se heurtèrent d'abord aux Berbères, mais l'islamisation fut relativement rapide. En 670, Kairouan devint le centre des expéditions lancées contre le nord et l'ouest du Maghreb. Le mouvement de soumission (telle est la signification du mot islam) au Dieu de Mahomet s'accéléra après la prise de Carthage par les Arabes, en 698, et la fondation de Tunis. De 800 à 909, l'Ifriqiya (actuels Tunisie et Est algérien) fut gouvernée depuis Kairouan par les Aghlabides, qui avaient fait allégeance au califat abbasside. Le centre du pouvoir se déplaça vers l'Égypte, lorsque, avec l'aide de tribus berbères, les Fatimides chiites renversèrent les Aghlabides. À partir de 972, cependant, la Tunisie musulmane fut gouvernée par des Berbères, les Zirides d'abord, puis les Almohades marocains.Durant la dernière partie du XII e siècle, les Normands, commandés par le souverain sicilien Roger II, occupèrent temporairement plusieurs points statégiques de la côte. En 1228, les Hafsides, qui gouvernaient, dans l'Empire almohade, l'Ifriqiya, se déclarèrent indépendants. Ils régnèrent jusqu'en 1534 sur le prospère royaume de Tunis, qui donna son nom à la Tunisie.La domination ottomane En 1534, Tunis fut enlevée par le pirate Khayr al-Din Barberousse. Il en fut chassé par l'armée de Charles Quint dès 1535!; les Hafsides furent rétablis mais le pays fut placé sous la tutelle de l'empereur d'Espagne. La domination de la Tunisie par les Espagnols fut brève car, en 1574, les troupes de l'Empire ottoman vainquirent les Espagnols et établirent leur hégémonie sur la Tunisie. De 1574 à 1881, sous les Turcs ottomans, la Tunisie jouit d'une relative stabilité. L'autorité impériale était exercée par des administrateurs locaux, connus sous le nom de deys de Tunis jusqu'en 1705, puis de beys. Le bey Hussein ibn Ali, qui régna de 1705 à 1740, fonda, en 1710, la dynastie des Husseinites, qui allait se maintenir sur le trône jusqu'en 1957.La Tunisie acquit alors une grande autonomie par rapport à l'Empire ottoman, auquel elle était toujours rattachée, et connut une nouvelle prospérité, nourrie pour une large part par la piraterie. Dans la seconde moitié du XVII e siècle et au XVIIIe, plusieurs nations maritimes, parmi lesquelles les colonies américaines, versaient leur tribut au gouvernement tunisien pour se prémunir contre toute agression au cours de leurs expéditions en Méditerranée. Au début du XIXe siècle, cependant, la marine américaine anéantit la piraterie méditerranéenne, attaquant Tunis et les autres bases des corsaires, établies dans ces États barbaresques d'Afrique du Nord.Privé de ses revenus de la piraterie, le gouvernement tunisien se trouva rapidement très endetté. La crise financière fut aggravée par les extravagances des beys et par la nécessité pour les gouvernements d'effectuer de fréquentes et coûteuses représailles contre les soulèvements des rebelles. Les principaux créanciers de la Tunisie étaient la France, l'Italie et la Grande-Bretagne. Or, chacun de ces pays nourrissait des ambitions impérialistes en Afrique du Nord. Le protectorat français En 1830, la France conquit et annexa l' Algérie. En 1869, l'État tunisien, ruiné, dut accepter l'instauration d'une commission de contrôle financière, au sein de laquelle siégeaient l'Italie et la Grande-Bretagne, sous la présidence de la France. Le pays était, de fait, sous la tutelle occidentale. Au congrès de Berlin, en 1878, la Tunisie fit l'objet de tractations entre les puissances européennes : la France se voyait donner toute latitude pour coloniser le pays!; elle reconnaissait en échange la domination britannique sur Chypre. L'Italie, présente en Libye, convoitait cependant toujours la Tunisie. Prenant leur rivale de vitesse, les troupes françaises intervinrent à partir de l'Algérie, sous prétexte de mater la rébellion des tribus kroumirs, accusées de pénétrer sur le territoire algérien. Le 12 mai 1881, le bey signait le traité du Bardo, qui reconnaissait l'établissement du protectorat français en Tunisie : les affaires étrangères et la défense de la régence passaient sous le contrôle de la France. Le traité fut complété par la convention de la Marsa, signée par les deux pays en 1883.Le protectorat fut à l'origine de profonds changements politiques et sociaux, quoique le régime tunisien se fût occidentalisé dès 1861 avec l'adoption d'une Constitution. À partir de 1884, un résident général français gouvernait le pays, dont le bey demeurait le souverain nominal. Un nombre significatif de colons s'établirent dans la région côtière du nord du pays, occupant les fonctions administratives et dirigeant les entreprises. Influencés par le mouvement nationaliste et moderniste des Jeunes-Turcs et par le nationalisme arabe, et sensibilisés aux idéaux démocratiques européens, des jeunes gens de l'élite s'organisèrent. En 1907 fut fondé le parti des Jeunes-Tunisiens. Les autorités françaises parvinrent d'abord à étouffer les mouvements patriotiques inexpérimentés. De 1914 à 1921, le pays fut placé sous état d'urgence, la presse anticolonialiste interdite. De nombreux dirigeants nationalistes furent arrêtés. Toutefois, en 1920, plusieurs groupes nationalistes s'unirent pour former le Destour (Constitution), qui prônait de profondes réformes démocratiques. En 1934, une scission provoqua la création du Néo-Destour, dirigé par Habib Bourguiba. Ce mouvement regroupait les nationalistes favorables à une ouverture sur l'Occident. Les deux mouvements furent interdits en 1938, après des émeutes à Tunis. Bourguiba allait être incarcéré durant cinq ans.L'accession à l'indépendance Durant la Seconde Guerre mondiale, la Tunisie joua un rôle important dans les opérations militaires menées par les Alliés contre les puissances de l'Axe. Après qu'en novembre 1942 les forces alliées eurent débarqué en Algérie et au Maroc, les armées allemandes occupèrent le pays. Au terme de plusieurs mois de combats, les forces alliées repoussèrent les troupes ennemies jusqu'à la presqu'île du cap Bon. Le 12 mai 1943, les Allemands capitulaient. Cette reddition signifia la défaite finale des puissances de l'Axe en Afrique du Nord. Le 15 mai, les Alliés transférèrent l'autorité en Tunisie à la France libre. Sans attendre, les autorités françaises procédèrent à l'arrestation de centaines de sympathisants fascistes présumés et déposèrent le bey régnant, Moncef Bey, jugé pro-allemand, pour le remplacer par Lamine Bey. Cette intervention française allait susciter un profond ressentiment au sein de la population tunisienne, qui avait dans sa majorité, de même que les nationalistes, soutenu la reconquête alliée.En 1945, le général de Gaulle proposait à la Tunisie le statut d'État associé au sein de l'Union française. Cependant, Bourguiba, de retour au pays en 1949, intensifiait sa campagne pour l'indépendance de la Tunisie, en s'appuyant notamment sur l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), dirigée par Ferhat Hached. En 1952, la lutte pour l'indépendance prit un nouveau tour après les arrestations de Bourguiba et des chefs nationalistes et la dissolution forcée du gouvernement Chenik, qui s'était ouvert au Néo-Destour et avait élaboré un mémorandum sur l'autonomie interne. Les indépendantistes prirent les armes contre le colonisateur tandis qu'à l'opposé, l'organisation «!la Main rouge!» lançait une campagne terroriste contre les nationalistes, dont l'une des premières victimes fut Ferhat Hached.Émeutes populaires anti-françaises, attentats nationalistes et antinationalistes, tentatives de réformes proposées par les Français se succédaient, menant la Tunisie au bord de la guerre. Le 31 juillet, Pierre Mendès France, nouveau président du Conseil français, se rendit lui-même dans le pays et promit, dans un discours prononcé à Carthage, l'autonomie interne. Bourguiba, qui fut invité à participer aux négociations, jugea cette déclaration acceptable et les émeutes stoppèrent. Le 3 juin 1955, le Premier ministre tunisien Tahar ben Ammar et le successeur de Mendès France, Edgar Faure, signèrent une série de conventions consacrant l'autonomie tunisienne. Le 17 septembre, pour la première fois en 74 ans, était installé à Tunis un gouvernement composé exclusivement de Tunisiens.Le 20 mars 1956, un nouvel accord abrogeait le traité du Bardo de 1881 et reconnaissait la Tunisie comme une monarchie constitutionnelle entièrement souveraine. Les premières élections législatives de l'histoire tunisienne, organisées le 25 mars, donnèrent une large victoire au Néo-Destour. Le 8 avril, Habib Bourguiba fut élu président de la première Assemblée nationale tunisienne ; le 11 avril, il fut nommé Premier ministre. L'Assemblée adopta une Constitution transférant au peuple tunisien les pouvoirs législatifs. Le 12 novembre 1956, la Tunisie était admise aux Nations unies.La première République Le 25 juillet 1957, l'Assemblée nationale déposa le bey et proclama la République, dont Bourguiba devint le premier président. Les biens du bey furent confisqués et servirent à régler la dette de l'État. De nombreux fonctionnaires français furent révoqués et un tiers des Français de Tunisie quittèrent le pays.Les relations avec la France se détériorèrent en raison de la guerre d'Algérie. Fin 1957, des affrontements se produisirent lorsque des troupes françaises, poursuivant des indépendantistes algériens, franchirent la frontière tunisienne. Les tensions culminèrent début 1958. Le 8 février 1958, des avions de l'armée française franchirent la frontière algérienne et bombardèrent le village tunisien de Sakiet-Sidi-Youssef, tuant 68 Tunisiens et en blessant 100 autres. La Tunisie, pour marquer son indignation, adhéra le 1er octobre à la Ligue arabe!; elle devait s'en retirer le mois suivant en raison de la rivalité opposant Habib Bourguiba et Gamal Abdel Nasser. Le 15 avril 1959, la France et la Tunisie signaient un accord prolongeant l'assistance technique française et, en 1960, la Tunisie convint de rembourser une partie des terres confisquées aux ressortissants français.Une nouvelle Constitution fut promulguée le 1 er juin 1959. Le 8 novembre, à l'issue d'un double scrutin, présidentiel et législatif, Bourguiba fut réélu président sans rencontrer d'opposition!; le Néo-Destour rénové remporta tous les sièges à l'Assemblée nationale. Les relations franco-tunisiennes se détériorèrent de nouveau en 1961. Les Français ayant refusé d'évacuer la base navale de Bizerte, des troupes tunisiennes l'assiégèrent le 19 juillet 1961. Deux jours après, l'armée française força le blocus et cerna la ville tout entière, provoquant la mort de 1 300 Tunisiens. Les deux camps acceptèrent la résolution du conseil de sécurité de l'ONU du 22 juillet appelant à un cessez-le-feu. En outre, le 25 août, l'Assemblée générale de l'ONU demanda à la France d'abandonner entièrement Bizerte. Peu de temps après, les deux camps regagnèrent les positions qu'ils occupaient avant le combat. Après des discussions prolongées entre la France et la Tunisie, qui débutèrent en 1962, la France se retira intégralement de Bizerte en octobre 1963.Bourguiba souhaitait jouer un rôle prépondérant au sein du monde arabe. Il se tourna simultanément vers le reste du Maghreb et le Proche-Orient arabe. Cette politique se traduisit par une coopération économique et politique accrue avec les pays voisins. Le contentieux sur les frontières avec l'Algérie fut résolu. De même, les relations entre la Tunisie et le Maroc s'améliorèrent. Durant les années 1965 et 1966, la Tunisie soutint la création du Comité permanent consultatif du Maghreb qui préfigurait l'Union du Maghreb Arabe (UMA), dont l'acte de naissance fut signé en 1989. Dans le même temps, le pays se rapprochait de l'Égypte. Cette politique arabe apparaissait comme une alternative de la coopération avec la France. En mai 1964, l'Assemblée nationale décréta l'expropriation des terres encore en possession des étrangers, notamment des Français. La France, en réaction, annula toute aide financière à la Tunisie, ce qui contribua à aggraver les difficultés économiques du pays. Les terres furent nationalisées puis collectivisées. Lors des élections de novembre 1964, Bourguiba proclama sa volonté de mettre en uvre un «!socialisme tunisien!» et le Néo-Destour fut rebaptisé Parti socialiste destourien (PSD). L'expérience socialiste devait être de courte durée. Le système des collectivités agricoles, qui fut un échec, fut abandonné dès la fin des années 1960. La Tunisie engagea une politique de libéralisation économique conduite par le premier ministre Hédi Nouira. Le développement de l'économie fut favorisé par l'augmentation des ressources pétrolières.Bourguiba fut élu pour la troisième fois en novembre 1969. En décembre, l'Assemblée nationale approuva un amendement constitutionnel prévoyant qu'un Premier ministre, nommé par le président, assumerait la présidence en cas de décès ou d'invalidité de celui-ci. En mars 1975, Bourguiba fut nommé président à vie. En politique extérieure, le panarabisme affiché par le régime fut longtemps jugé trop modéré par les autres nations arabes, qui condamnèrent la proposition avancée par Bourguiba de revenir au plan de partage de la Palestine voté en 1947 par l'ONU. Une nouvelle fois, les relations diplomatiques avec l'Égypte furent rompues en 1966, avant d'être rétablies à la faveur de la guerre des Six Jours contre Israël.La position tunisienne se renforça cependant après la signature des accords de paix séparés entre l'Égypte et Israël, en 1979. Le siège de la Ligue arabe fut transféré à Tunis. En juin 1982, la Tunisie accueillit les dirigeants de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), dont Yasser Arafat, ainsi que plusieurs centaines de ses partisans qui avaient été chassés du Liban après l'invasion israélienne de ce pays. La choix panarabe ne fut cependant jamais exclusif d'une politique de bonnes relations avec les pays occidentaux, notamment la France.La Tunisie face à l'essor de l'islamisme La décennie 1980 devait cependant voir le régime tunisien confronté à de nombreuses difficultés. En 1984, l'annonce de l'augmentation des prix des denrées alimentaires de base déclencha des émeutes qui contraignirent Bourguiba à revenir sur sa décision. Les relations avec la Libye furent rompues en 1985 après que ce pays eut expulsé quelque 30 000 travailleurs tunisiens. Plus tard la même année, le siège de l'OLP, situé près de Tunis, fut détruit par un raid aérien israélien. En 1986, la Tunisie adopta un plan d'austérité sur recommandation du Fonds monétaire international (FMI), qui fournit aux islamistes de nouveaux arguments contre le pouvoir.Au matin du 7 novembre 1987, Habib Bourguiba, le «!combattant suprême!» était déposé par son Premier ministre Zine el-Abidine Ben Ali, sous prétexte que son grand âge le rendait incapable de gouverner plus longtemps le pays. Ce «!coup d'État constitutionnel!» fut relativement bien accueilli par les autres pays, et mieux encore par la population. La question de la succession était ainsi résolue, et Zine Ben Ali, général avant d'entamer une carrière politique, ancien ministre de l'Intérieur, apparaissait à la fois comme un homme d'ordre et de compromis, capable donc de faire face aux tentatives de déstabilisation d'une partie des milieux islamistes. Après plusieurs années de répression systématique, il choisit d'abord de mettre en uvre une politique modérée. Il s'agissait d'abord de répondre aux arguments des islamistes, qui reprochaient en premier lieu aux autorités la laïcité à outrance : l'arabisation de l'enseignement fut encouragée ainsi que le développement d'un islam d'État (contrôle des mosquées, diffusion des appels à la prière par la télévision publique). Parallèlement, le nouveau président autorisait le multipartisme, appliquant la démocratisation aux islamistes modérés, invités à participer aux élections législatives de 1989 et aux élections municipales de 1990. Les islamistes, organisés au sein du parti En-Nahda (la Renaissance), n'obtinrent pas suffisamment de suffrages pour avoir des élus à l'Assemblée nationale, mais ils apparurent comme la principale force d'opposition, au point que le gouvernement reconsidéra sa politique d'ouverture. À partir de 1991, En-Nahda fut à nouveau interdit et nombre de ses membres furent arrêtés. Le président Ben Ali, réélu en 1994, a depuis renforcé la répression contre les islamistes, alors que la démocratisation demeure très limitée. Cependant, les associations et les syndicats se sont reconstitués tandis que se poursuivait la libéralisation économique et que s'opérait une meilleure redistribution des revenus.
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